Les miniatures :
Dans
la première moitié du XVe siècle, une école artistique s’établit à
Herat et accueillit les plus grands noms des écoles de Tabriz et de
Chirâz. Les premières miniatures de cette école nouvellement ouverte
reproduisaient encore avec beaucoup de minutie les détails
architecturaux et les paysages naturels. Les éléments chinois et
byzantins commençaient à disparaître progressivement, tandis que les
portraits devenaient plus naturels et vivants. La miniature persane
devint, à partir de ce moment là, plus poétique et plus imaginative.
Les œuvres de cette période sont marquées par l’usage d’une palette de
couleurs plus vives. Les illustrations ne se plaçaient plus à côté du
texte, car des pages entières étaient désormais consacrées à la
peinture. Au XVIe siècle, avec l’apparition d’Eskandar Sultan, l’école
d’art de Chirâz vécut un nouvel âge d’or.
Dans leurs nouveaux ateliers, les
artistes créèrent des chefs-d’œuvre très appréciés de la cour
timouride. Les œuvres des maîtres de Chirâz se personnalisent avec
l’apparition d’une symétrie plus ou moins extravagante et d’un
contraste des couleurs entre les sujets principaux et le fond des
tableaux. Après la mort de Tamerlan, le plus jeune de ses quatre fils,
Châhrokh établit sa capitale à Herat. Il chargea son fils cadet
Baysunghur, grand bibliophile, d’étendre et de développer la
bibliothèque royale. Baysunghur devint ainsi le mécène des artistes
peintres d’Herat et leur commanda un grand nombre d’illustrations pour
les ouvrages de sa bibliothèque. Un des peintres les plus brillants de
l’école de Herat fut Kamaleddin Behzad.
Sous son influence, l’école de Herat
évolua vers l’usage des couleurs vives et transparentes, l’abondance
des décorations et la disparition quasi-totale des éléments chinois.
D’autre part, les originalités de l’école de Chiraz s’accentuèrent dans
les œuvres des maîtres de Herat et furent à l’origine des plus beaux
chefs-d’œuvre de la miniature persane. Mohammad Siâh-Ghalam et
Touhollâh Mirak étaient deux des grands maîtres de l’école de Herat
avant son déclin vers la fin du XVIe siècle. Mais Behzâd reste, sans
aucun doute, le grand maître incontesté de la miniature persane de tous
les temps.
C’est dans ses tableaux que l’on voit
pour la première fois un vif intérêt pour les portraits et les détails
prosaïques de la vie quotidienne. Avec lui, la miniature sortit pour la
première fois du cadre d’illustration des ouvrages écrits, pour devenir
de véritables tableaux de peinture.