Voici une anecdote du Cheikh Haçan Basri, surnommé Abou Seid el-Haçan
ben Abil-Haçan Yecar, né l'an 21 (641-642), mort l'an 110 (728-729).
On raconte que Haçan Basri considérait comme bien supérieur à lui
quiconque il voyait. Un jour, comme il marchait sur le bord du
fleuve, il vit un homme qui était assis tout près d'une femme. Devant
lui étaient placées une cruche et une coupe; chacun d'eux versait à
son tour de la cruche dans la coupe et buvait. Haçan Basri se dit en
voyant cet homme: "En voilà encore un qui vaut mieux que moi."
Toutefois il lui vint à l'esprit: "Sous le rapport de l'observance
légale, il est bien possible qu'il ne l'emporte pas sur moi,
puisqu'il a auprès de lui une femme de mauvaises moeurs et qu'il est
installé à boire du vin." Au milieu de ces réflexions vint à paraître
sur le fleuve un bateau lourdement chargé et monté par sept
personnes. Comme il allait aborder, il sombra tout à coup. L'homme,
se jetant à l'eau, en retira successivement six personnes; puis,
allant à Haçan Basri, il lui dit: "Lève-toi; si tu es meilleur que
moi, j'en ai sauvé six pour ma part, tu peux bien en sauver un pour
la tienne"; et il ajouta: "Ô Musulmans! dans cette cruche il y a de
l'eau, et quant à cette femme, c'est ma mère; et, s'adressant à
Haçan: "Voilà, tu as vu avec l'oeil du dehors et tu n'as pas été
capable de voir avec l'oeil de l'intérieur."
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Qui n'est pas contre moi est avec moi.