Aux amoureux de l'Afghanistan.
 
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 René Guénon

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Golestan
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MessageSujet: René Guénon   Lun 8 Juin - 17:21

Salam

Cheikh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ (René Guénon)

Dans la lignée de l'imam Al-Ghazâlî

René Guénon naquit à Blois le 15 novembre 1886, dans une famille française aisée et très catholique.

Son père était un architecte notable. La vie de Guénon, qui ne se distingue pas par des événements marquants, fut paisible et calme. Dès son enfance apparaissent les signes d'une intelligence aiguë. Il débuta son instruction dans la région où il grandit, et il fut toujours au-dessus de ses camarades de classe. Après avoir remporté plusieurs prix qu'on décernait aux plus doués, il obtint son baccalauréat en 1904. Il monta aussitôt à Paris où il séjourna deux ans pour préparer la licence. Toutefois, Paris ne l'appelait pas à poursuivre ses études universitaires limitées : d'autres portes s'ouvraient à lui, toutes aussi plaisantes qu'attrayantes. Il ne s'agissait point de plaisirs des sens ou autres satisfactions matérielles. S'il est vrai que Paris procurait ce genre de plaisirs aux matérialistes sentimentalistes, cette ville offrait aussi certains agréments spirituels qui nourrissaient les consciences qui ne sont pas illusionnées par le monde d'ici-bas et par ses beautés.

René Guénon était justement de ce dernier genre : aspirant à la Connaissance, dans le sens ésotérique du terme, il portait ses regards vers le Ciel dont il voulait déchirer les voiles, lever les mystères pour atteindre la Vérité. Il était tout à fait semblable en cela à l'imam Al-Ghazâlî. Si nous devions définir la situation de Guénon, nous ne trouverions rien de mieux que ces paroles de l'imam Al-Ghazâlî parlant de lui-même :

« Dès ma plus tendre enfance, voire ma puberté et bien avant mes vingt ans, jusqu'à ce jour - où j'ai dépassé la cinquantaine -, je n'ai eu de cesse de me plonger dans les abysses de cet océan profond [l'océan de la connaissance], m'immergeant dans ses flots avec audace, précaution, sans lâcheté ni méfiance. Je creuse tout problème obscur et affronte toute question compliquée. Je m'intéresse à tous les cas difficiles, scrutant les croyances de chaque secte, cherchant à découvrir les subtilités doctrinales de tous les groupes, et ce, afin d'y démêler le vrai du faux et d'y distinguer ce qui est conforme à la tradition prophétique de ce qui relève de l'innovation. Je désire saisir ce que cache l'ésotériste (bâtinî). Je veux savoir ce que le littéraliste (zhâhirî) tire de son littéralisme, et atteindre le fond de la pensée du philosophe. Je m'efforce de comprendre en profondeur le système dialectique du théologien. Je désire ardemment découvrir le secret de la pureté du soufi. J'observe attentivement ce que le dévot récolte de sa dévotion. Quant à l'hérétique, je cherche à comprendre, au-delà de sa négation, les raisons d'une telle audace et hérésie.

« La soif de découvrir la réalité profonde des choses (haqâ'iq al-umûr) fut très tôt, chez moi, une habitude, une pratique courante, une tendance instinctive : c'était une disposition naturelle (fitra) que Dieu avait mise en moi, sans choix ni savoir-faire de ma part. A l'approche de l'adolescence, les liens du conformisme aveugle (taqlîd) se dénouèrent en moi et les croyances héritées se brisèrent. »[1]

Tel était exactement le cas de René Guénon. Il sentait le besoin de s'éloigner des cérémonials et des formalismes, alors que Paris lui découvrait nombre de ses aspects liés à la culture et à la spiritualité. La ville regorgeait d'écoles de pensée très diverses. Il y avait, d'une part, la maçonnerie ainsi que des groupes se réclamant de l'Inde, du Tibet ou de la Chine, et, d'autre part, des spiritualistes de différentes tendances, parfois même en opposition. Mais on trouvait également ceux qui pratiquaient la sorcellerie, l'astrologie, l' « évocation des esprits », etc.

René Guénon abandonna sans regret ses études à l'université, pour s'abreuver à ces multiples sources. Il s'affilia à certaines, se rapprocha d'autres, prit connaissance du but qu'elles s'assignaient, et participa même à leurs activités. Il y obtint des grades élevés.

Le lien étroit qu'il entretenait avec ces écoles fut la cause directe de sa rupture avec la plupart d'entre elles. Il se rendit compte, en effet, de ce qu'il y avait de bon et de mauvais en elles, et son œil critique, ainsi que sa ferme conviction, le conduisirent à la certitude que toutes ces écoles n'étaient que des formes trompeuses qui n'amenaient pas véritablement l'homme à la connaissance métaphysique ou au dévoilement. Il se sépara donc d'elles peu à peu.

Aussitôt débarrassé de ces relations tendancieuses, René Guénon fonda en 1909 une revue nommée La Gnose. Cette revue présentait un caractère ésotérique similaire à celui qui avait caractérisé une revue précédente : La Voie. C'est un intellectuel français du nom de Champrenaud qui supervisait la ligne éditrice de cette dernière revue tout en prenant part à sa publication. Champrenaud était entré en islam sous le nom de 'Abd-al-Haqq. La revue parut de 1904 à 1907 quand, pour des raisons matérielles, l'édition s'acheva, une période au cours de laquelle René Guénon fit la connaissance de 'Abd-al-Haqq. Ce dernier l'aidera ensuite à la rédaction de la nouvelle revue La Gnose, où furent publiées des études sur l'islam, sur l'hindouisme et sur le bouddhisme. En même temps, la revue critiquait et dénonçait les déviations et les erreurs des écoles qui se rattachaient au spiritualisme.

La parution de La Gnose se poursuivit jusqu'en 1912, année où Guénon entra en islam, sous le nom de « Shaykh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ ».

Comment Guénon a-t-il embrassé l'islam ? Pourquoi et par la main de qui ? Ce sont des questions que les Occidentaux ont posées. Ils ont émis différentes hypothèses pour y répondre, mais leurs opinions sont restées à ce stade.

René Guénon a dit qu'il était entré en contact direct avec des représentants des traditions orientales. Comment ? Et avec qui? De plus, Guénon a dédié l'un de ses livres au Shaykh

Abd-ar-Rahmân 'Illaysh. Qui est ce Shaykh ? Comment Guénon l'a-t-il connu ? Est-ce lui qui l'a guidé vers l'islam ? Et comment?

Toutes ces questions étaient restées obscures jusqu'à ce que le professeur Vâlsan y réponde — celui-ci embrassa l'islam et maîtrisait parfaitement la langue du Coran — de façon brillante à travers une recherche exhaustive qui est parue dans le numéro de janvier-février 1953 de la revue française Etudes traditionnelles. Nous résumons cette recherche dans ce qui suit.

Le Shaykh 'Illaysh et le Shaykh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ

Le lien entre le Shaykh al-Akbar, sayyidunâ Muhyî-d-dîn ibn 'Arabî, et le Shaykh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ est évident. Guénon est devenu musulman par le biais d'un maître qui se rattachait à la spiritualité du Shaykh al-Akbar, à savoir le Shaykh 'Illaysh al-Kabîr, auquel Guénon a dédié l'un de ses livres, en ces termes : « A la mémoire vénérée de Esh-Sheikh Abder-Rahmân Elîsh El-Kebîr, El-Alim, El-Malki, El-Maghribi, à qui est due la première idée de ce livre. Meçr el-Qâhirah 1329-1349 H. »

Le Shaykh 'Illaysh était issu d'une famille marocaine dont le membre le plus connu est le Shaykh Muhammad 'Illaysh al-Kabîr (1218-1299 H.). Le Shaykh Muhammad 'Illaysh étudia à l'Université d'al-Azhar, puis y enseigna à partir de 1245 H. Plus de deux cent étudiants suivaient ses leçons. Il accéda à la fonction de Shaykh al-Mâlikî et de Mufti des territoires égyptiens en 1270 H. On dit à son sujet que « de son vivant, il employait son temps à la rédaction, à l'enseignement, au service d'adoration, il se détournait de ce bas monde et de ses gens, et était irréprochable vis-à-vis de Dieu. » Il a écrit de nombreux ouvrages touchant les différentes sciences qui sont enseignées à al-Azhar.[2] Ce shaykh égyptien nous intéresse, à un autre égard, car en dehors de sa qualité initiatique qui était des plus hautes, il en avait une autre. Guénon expliquait, en effet [, dans une lettre à Michel Vâlsan] : « Le Cheikh Elîsh était le Cheikh d'une branche shâdhilite, et en même temps Cheikh du madhhab mâleki à El-Azhar. »

La Shâdhiliyya est une organisation initiatique fondée, au Vllème siècle de l'Hégire, par le Shaykh Abû-l-Hasan ash-Shâdhilî, l'une des plus grandes figures spirituelles de l'islam. Ainsi, le Shaykh auquel était rattaché René Guénon réunissait les deux aspects que sont la haqîqa et la sharî'a : il était shaykh d'une tarîqa et shaykh d'un madhhab[3]. Ce fait important témoigne de l'orthodoxie islamique de son disciple.

On remarquera que c'est ce maître qui eut la première idée du livre du Shaykh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ : Le symbolisme de la croix. Puisque ce maître ouvrit la voie à Guénon et le guida, il est bon d'informer les lecteurs à son propos et à propos de l'intermédiaire qu'il y avait entre le Shaykh 'Illaysh et Guénon. Les renseignements qui suivent sont tirés de la revue arabo-italienne qui était éditée au Caire en 1907 : an-Nâdî.

L'esprit qui gouvernait cette revue était celui du Shaykh al-Akbar Muhyî-d-dîn Ibn 'Arabî. Cette revue a joué un rôle de précurseur par rapport à d'autres revues qui parurent en France par la suite, et auxquelles Guénon participa largement. 'Abd-al-Hâdî (Abdul-Hâdi) était l'un des plus brillants rédacteurs de la revue, tant pour la partie arabe que pour la partie italienne. D'origine lituano-finlandaise et chrétienne, Ivan Gustaf de son nom d'origine, se convertit à l'islam et apprit l'arabe. Il publia des articles dans la revue, des éditions de traités des maîtres de l'ésotérisme islamique, dont le Shaykh al-Akbar, et des traductions de certains de ces textes. Il est beaucoup question dans la revue An-Nâdî du Shaykh 'Abd-ar-Rahmân 'Illaysh, qui rédigea lui-même un article sur Muhyî-d-dîn ibn 'Arabî.

'Abd-al-Hâdî, qui était naturellement en rapport personnel avec le Shaykh 'Abd-ar-Rahmân 'Illaysh, nous donne sur celui-ci de précieux renseignements. Il le présente notamment comme « un des hommes les plus célèbres de l'Islam, fils du restaurateur du rite malékite, et lui-même un sage profond, respecté de tous, depuis les plus humbles jusqu'aux princes et aux sultans, chef de beaucoup de confréries religieuses répandues dans tout le monde musulman, enfin une autorité incontestable de l'Islam ésotérique et exotérique, juridique et politique. Toutefois, son père et lui se sont toujours tenus loin des intrigues politiques de toutes sortes. Leur intégrité, leur austérité et leur profond savoir, unis à une ascendance illustre, leur promettaient une position exceptionnellement prépondérante en Islam ; ils n'en voulurent rien savoir.

« Ce qui a établi la légende de leur fanatisme, c'est une fatwâ restée célèbre, laquelle disait-on, eut pour conséquence la révolte de 'Orâbî Pasha en 1882. [...] A la suite des événements de 1882, les deux Cheikhs Elîsh, le père et le fils, furent jetés en prison et condamnés à mort. Le père mourut en prison ; le fils fut gracié et exilé...

« La mauvaise fortune poursuivit le Cheikh jusque dans son exil. Sa notoriété, sa naissance, son intégrité même, le rendaient suspect ; et sous la sotte accusation d'aspirer au Califat universel du monde musulman, pour son propre compte ou pour celui du sultan du Maroc, il fut de nouveau mis en prison, cette fois sur l'ordre d'un prince musulman.

« Pendant deux ans, il resta dans une cellule immonde où toute chose était pourriture, et où l'eau menaçait de faire irruption. Pour l'épouvanter, on fit tuer devant lui des condamnés. Finalement, il eut sa grâce on le fit sortir de prison, et on lui concéda un exil honorable à Rhodes.

« Il avait séjourné encore à Damas, où le célèbre adversaire des Français en Algérie, l'Emir Abd El-Kader, devint son ami et condisciple dans le même enseignement spirituel [celui du Cheikh al-Akbar, à l'étude duquel l'émir consacra son temps, dans la dernière partie de sa vie. L'Emir avait financé la première édition imprimée de l'œuvre maîtresse du Cheikh al-Akbar les Futûhât al-Makkiyya dont l'étendue est d'environ 2500 pages.] Lorsque l'Emir mourut, le Cheikh lui fit les derniers offices et l'enterra à Sâlihiyyé, à côté de la tombe même du Grand Maître, le Cheikh Muhyî-d-dîn ibn 'Arabî.

« Amnistié par la reine Victoria, le Cheikh rentra pour s'établir au Caire. De là, il irradie son influence bénéfique dans le monde musulman non seulement comme sommité scientifique, mais encore comme chef suprême de beaucoup de congrégations religieuses. Comme toujours, il se maintient - et les siens avec lui - loin et au-dessus des petites intrigues du jour, de la corruption et des cupidités qui allèchent l'âme. Chaque fois que vous rencontrez en Orient un homme supérieur par le caractère et le savoir, vous pourrez être sûr de vous trouver en présence d'un "châdilite"[4]. Maintenant, c'est surtout par la vertu de la rectitude et de la haute personnalité du Cheikh Elîsh que cette admirable congrégation maintient les sublimes traditions de son fondateur, le Très Heureux, Abû-l-Hasan ach-Châdhilî, à travers la contamination générale ».[5]

La revue an-Nâdî publia un article du Shaykh 'Illaysh sur Muhyî-d-dîn, à la fin duquel il remerciait 'Abd-al-Hâdî pour le noble service qu'il rendait à la civilisation en faisant connaître Muhyî-d-dîn, puis il terminait en l'encourageant à continuer ses études sur l'ésotérisme, sans se préoccuper de la haine de ceux qui ne comprennent pas l'islam selon sa haqîqa.

A peine l'article du Shaykh était-il publié que, dans le numéro suivant, on annonçait qu'il venait de se constituer en Italie et en Orient une société pour l'étude d'Ibn 'Arabî. La nouvelle société avait pris le nom d'« Akbariyya » et se donnait pour orientation :

- D'approfondir et de diffuser les enseignements du Shaykh Muhyî-d-dîn, aussi bien exotériques qu'ésotériques, par des éditions, traductions et commentaires des œuvres de celui-ci et de ses disciples, ainsi que par des conférences et des réunions.

- De réunir le plus grand nombre possible d'amis et de disciples du Shaykh Ibn 'Arabî, pour former de cette façon, un lien de fraternité et un rapprochement basé sur la solidarité intellectuelle entre les élites d'Orient et d'Occident.

- D'aider matériellement et d'encourager moralement ceux qui suivent la voie qu'a tracée Muhyî-d-dîn ibn 'Arabî, et surtout ceux qui, par la parole et les actes, œuvrent pour sa diffusion.

- Le travail de la société s'étendra encore à l'étude des Maîtres orientaux du soufisme, comme par exemple Jalâl-ad-Dîn ar-Rûmî, mais le sujet principal restera Ibn 'Arabî.

- La société ne s'occupera jamais de questions politiques, quelles qu'elles soient, et ne sortira pas de la recherche religieuse et sapientielle.

'Abd-al-Hâdî commença l'édition de ses études sur le soufisme et, ayant eu l'heureuse fortune de trouver une vingtaine d'œuvres d'Ibn 'Arabî, manuscrits rares et précieux, il entreprit de les analyser. Malheureusement, la revue n'échappa pas au mal des ennemis du soufisme, et elle dut s'interrompre. Suivant les conseils du Shaykh 'Illaysh, 'Abd-al-Hâdî essaya d'établir un lien spirituel entre l'Orient et l'Occident, et partit donc pour la France.

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Golestan
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MessageSujet: Re: René Guénon   Lun 8 Juin - 17:22

C'est là qu'il rencontra Guénon qui, à la même époque, éditait La Gnose. 'Abd-al-Hâdî, à partir de 1910, prit une part sérieuse et active dans les activités de la revue, par des études et surtout des traductions en langue française de textes du soufisme. La compagnie de 'Abd-al-Hâdî permit à Guénon d'établir un lien fort et solide avec le Shaykh 'Illaysh, notamment à travers une relation épistolaire et des échanges de vues, qui aboutirent en 1912 à l'entrée de Guénon en islam, après l'avoir amplement étudié.

La guerre, qui éclata en 1914, suspendit toutes activités touchant à la religion, à l'esprit et à la pensée. 'Abd-al-Hâdî partit pour l'Espagne, où il fut rappelé à Dieu en 1917 à Barcelone.

René Guénon resta seul en Europe à porter l'étendard du jihâd, continuant et développant ce qu'avait esquissé la « Akbariyya », cette société qui suivait les traces du Shaykh al-Akbar Muhyî-d-dîn ibn 'Arabî. Celui qui orienta Guénon dans cette direction est donc, en réalité, le Shaykh 'Illaysh, qui ne fut que le miroir renvoyant l'image du Shaykh al-Akbar, la plus éminente manifestation du taçawwuf et de la doctrine islamique. Puisque le Shaykh 'Illaysh fut un mâlikite conservateur, son soufisme ne sort pas du cadre des enseignements islamiques, et s'il en va ainsi pour lui, il en va de même pour son disciple René Guénon.
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MessageSujet: Re: René Guénon   Lun 8 Juin - 18:01

Salam

Extraits de "La crise du monde moderne" par René Guénon (Paris, Gallimard, 1946).

p. 147 ; "...plus un homme a des besoins, plus il risque de manquer de quelque chose, et par conséquent d'être malheureux, la civilisation moderne vise à multiplier les besoins artificiels, et comme nous le disions déjà plus haut, elle créera toujours plus de besoins qu'elle n'en pourra satisfaire, car une fois qu'on s'est engagé dans cette voie, il bien difficile de s'y arrêter, et il n'y a même aucune raison de s'arrêter à un point déterminé. Les hommes ne pouvaient éprouver aucune souffrance d'être privés de choses qui n'existaient pas et auxquelles ils n'avaient jamais songé ; maintenant au contraire, ils souffrent forcément si ces choses leur font défaut, puisqu'ils se sont habitués à les regarder comme nécessaires, et que, en fait, elles leur sont vraiment devenues nécessaires. "
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Golestan
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MessageSujet: Re: René Guénon   Lun 8 Juin - 18:11

deva a écrit:
Salam

Extraits de "La crise du monde moderne" par René Guénon (Paris, Gallimard, 1946).

p. 147 ; "...plus un homme a des besoins, plus il risque de manquer de quelque chose, et par conséquent d'être malheureux, la civilisation moderne vise à multiplier les besoins artificiels, et comme nous le disions déjà plus haut, elle créera toujours plus de besoins qu'elle n'en pourra satisfaire, car une fois qu'on s'est engagé dans cette voie, il bien difficile de s'y arrêter, et il n'y a même aucune raison de s'arrêter à un point déterminé. Les hommes ne pouvaient éprouver aucune souffrance d'être privés de choses qui n'existaient pas et auxquelles ils n'avaient jamais songé ; maintenant au contraire, ils souffrent forcément si ces choses leur font défaut, puisqu'ils se sont habitués à les regarder comme nécessaires, et que, en fait, elles leur sont vraiment devenues nécessaires. "
Salam
Quelle vérité, et c'est ce que je me dis très souvent, personellement j'aurais aimé vivre il y a environs 500 ans voir plus, ne pas avoir connu la voiture, l'avion, le téléphone, le net etc....
Plus on a des choses plus on est malheureux et plus on veut plus.
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Nur
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MessageSujet: Re: René Guénon   Mar 5 Jan - 16:23

Golestan a écrit:
Salam

Cheikh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ (René Guénon)

Dans la lignée de l'imam Al-Ghazâlî

René Guénon naquit à Blois le 15 novembre 1886, dans une famille française aisée et très catholique.

Son père était un architecte notable. La vie de Guénon, qui ne se distingue pas par des événements marquants, fut paisible et calme. Dès son enfance apparaissent les signes d'une intelligence aiguë. Il débuta son instruction dans la région où il grandit, et il fut toujours au-dessus de ses camarades de classe. Après avoir remporté plusieurs prix qu'on décernait aux plus doués, il obtint son baccalauréat en 1904. Il monta aussitôt à Paris où il séjourna deux ans pour préparer la licence. Toutefois, Paris ne l'appelait pas à poursuivre ses études universitaires limitées : d'autres portes s'ouvraient à lui, toutes aussi plaisantes qu'attrayantes. Il ne s'agissait point de plaisirs des sens ou autres satisfactions matérielles. S'il est vrai que Paris procurait ce genre de plaisirs aux matérialistes sentimentalistes, cette ville offrait aussi certains agréments spirituels qui nourrissaient les consciences qui ne sont pas illusionnées par le monde d'ici-bas et par ses beautés.

René Guénon était justement de ce dernier genre : aspirant à la Connaissance, dans le sens ésotérique du terme, il portait ses regards vers le Ciel dont il voulait déchirer les voiles, lever les mystères pour atteindre la Vérité. Il était tout à fait semblable en cela à l'imam Al-Ghazâlî. Si nous devions définir la situation de Guénon, nous ne trouverions rien de mieux que ces paroles de l'imam Al-Ghazâlî parlant de lui-même :

« Dès ma plus tendre enfance, voire ma puberté et bien avant mes vingt ans, jusqu'à ce jour - où j'ai dépassé la cinquantaine -, je n'ai eu de cesse de me plonger dans les abysses de cet océan profond [l'océan de la connaissance], m'immergeant dans ses flots avec audace, précaution, sans lâcheté ni méfiance. Je creuse tout problème obscur et affronte toute question compliquée. Je m'intéresse à tous les cas difficiles, scrutant les croyances de chaque secte, cherchant à découvrir les subtilités doctrinales de tous les groupes, et ce, afin d'y démêler le vrai du faux et d'y distinguer ce qui est conforme à la tradition prophétique de ce qui relève de l'innovation. Je désire saisir ce que cache l'ésotériste (bâtinî). Je veux savoir ce que le littéraliste (zhâhirî) tire de son littéralisme, et atteindre le fond de la pensée du philosophe. Je m'efforce de comprendre en profondeur le système dialectique du théologien. Je désire ardemment découvrir le secret de la pureté du soufi. J'observe attentivement ce que le dévot récolte de sa dévotion. Quant à l'hérétique, je cherche à comprendre, au-delà de sa négation, les raisons d'une telle audace et hérésie.

« La soif de découvrir la réalité profonde des choses (haqâ'iq al-umûr) fut très tôt, chez moi, une habitude, une pratique courante, une tendance instinctive : c'était une disposition naturelle (fitra) que Dieu avait mise en moi, sans choix ni savoir-faire de ma part. A l'approche de l'adolescence, les liens du conformisme aveugle (taqlîd) se dénouèrent en moi et les croyances héritées se brisèrent. »[1]

Tel était exactement le cas de René Guénon. Il sentait le besoin de s'éloigner des cérémonials et des formalismes, alors que Paris lui découvrait nombre de ses aspects liés à la culture et à la spiritualité. La ville regorgeait d'écoles de pensée très diverses. Il y avait, d'une part, la maçonnerie ainsi que des groupes se réclamant de l'Inde, du Tibet ou de la Chine, et, d'autre part, des spiritualistes de différentes tendances, parfois même en opposition. Mais on trouvait également ceux qui pratiquaient la sorcellerie, l'astrologie, l' « évocation des esprits », etc.

René Guénon abandonna sans regret ses études à l'université, pour s'abreuver à ces multiples sources. Il s'affilia à certaines, se rapprocha d'autres, prit connaissance du but qu'elles s'assignaient, et participa même à leurs activités. Il y obtint des grades élevés.

Le lien étroit qu'il entretenait avec ces écoles fut la cause directe de sa rupture avec la plupart d'entre elles. Il se rendit compte, en effet, de ce qu'il y avait de bon et de mauvais en elles, et son œil critique, ainsi que sa ferme conviction, le conduisirent à la certitude que toutes ces écoles n'étaient que des formes trompeuses qui n'amenaient pas véritablement l'homme à la connaissance métaphysique ou au dévoilement. Il se sépara donc d'elles peu à peu.

Aussitôt débarrassé de ces relations tendancieuses, René Guénon fonda en 1909 une revue nommée La Gnose. Cette revue présentait un caractère ésotérique similaire à celui qui avait caractérisé une revue précédente : La Voie. C'est un intellectuel français du nom de Champrenaud qui supervisait la ligne éditrice de cette dernière revue tout en prenant part à sa publication. Champrenaud était entré en islam sous le nom de 'Abd-al-Haqq. La revue parut de 1904 à 1907 quand, pour des raisons matérielles, l'édition s'acheva, une période au cours de laquelle René Guénon fit la connaissance de 'Abd-al-Haqq. Ce dernier l'aidera ensuite à la rédaction de la nouvelle revue La Gnose, où furent publiées des études sur l'islam, sur l'hindouisme et sur le bouddhisme. En même temps, la revue critiquait et dénonçait les déviations et les erreurs des écoles qui se rattachaient au spiritualisme.

La parution de La Gnose se poursuivit jusqu'en 1912, année où Guénon entra en islam, sous le nom de « Shaykh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ ».

Comment Guénon a-t-il embrassé l'islam ? Pourquoi et par la main de qui ? Ce sont des questions que les Occidentaux ont posées. Ils ont émis différentes hypothèses pour y répondre, mais leurs opinions sont restées à ce stade.

René Guénon a dit qu'il était entré en contact direct avec des représentants des traditions orientales. Comment ? Et avec qui? De plus, Guénon a dédié l'un de ses livres au Shaykh

Abd-ar-Rahmân 'Illaysh. Qui est ce Shaykh ? Comment Guénon l'a-t-il connu ? Est-ce lui qui l'a guidé vers l'islam ? Et comment?

Toutes ces questions étaient restées obscures jusqu'à ce que le professeur Vâlsan y réponde — celui-ci embrassa l'islam et maîtrisait parfaitement la langue du Coran — de façon brillante à travers une recherche exhaustive qui est parue dans le numéro de janvier-février 1953 de la revue française Etudes traditionnelles. Nous résumons cette recherche dans ce qui suit.

Le Shaykh 'Illaysh et le Shaykh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ

Le lien entre le Shaykh al-Akbar, sayyidunâ Muhyî-d-dîn ibn 'Arabî, et le Shaykh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ est évident. Guénon est devenu musulman par le biais d'un maître qui se rattachait à la spiritualité du Shaykh al-Akbar, à savoir le Shaykh 'Illaysh al-Kabîr, auquel Guénon a dédié l'un de ses livres, en ces termes : « A la mémoire vénérée de Esh-Sheikh Abder-Rahmân Elîsh El-Kebîr, El-Alim, El-Malki, El-Maghribi, à qui est due la première idée de ce livre. Meçr el-Qâhirah 1329-1349 H. »

Le Shaykh 'Illaysh était issu d'une famille marocaine dont le membre le plus connu est le Shaykh Muhammad 'Illaysh al-Kabîr (1218-1299 H.). Le Shaykh Muhammad 'Illaysh étudia à l'Université d'al-Azhar, puis y enseigna à partir de 1245 H. Plus de deux cent étudiants suivaient ses leçons. Il accéda à la fonction de Shaykh al-Mâlikî et de Mufti des territoires égyptiens en 1270 H. On dit à son sujet que « de son vivant, il employait son temps à la rédaction, à l'enseignement, au service d'adoration, il se détournait de ce bas monde et de ses gens, et était irréprochable vis-à-vis de Dieu. » Il a écrit de nombreux ouvrages touchant les différentes sciences qui sont enseignées à al-Azhar.[2] Ce shaykh égyptien nous intéresse, à un autre égard, car en dehors de sa qualité initiatique qui était des plus hautes, il en avait une autre. Guénon expliquait, en effet [, dans une lettre à Michel Vâlsan] : « Le Cheikh Elîsh était le Cheikh d'une branche shâdhilite, et en même temps Cheikh du madhhab mâleki à El-Azhar. »

La Shâdhiliyya est une organisation initiatique fondée, au Vllème siècle de l'Hégire, par le Shaykh Abû-l-Hasan ash-Shâdhilî, l'une des plus grandes figures spirituelles de l'islam. Ainsi, le Shaykh auquel était rattaché René Guénon réunissait les deux aspects que sont la haqîqa et la sharî'a : il était shaykh d'une tarîqa et shaykh d'un madhhab[3]. Ce fait important témoigne de l'orthodoxie islamique de son disciple.

On remarquera que c'est ce maître qui eut la première idée du livre du Shaykh 'Abd-al-Wâhid Yahyâ : Le symbolisme de la croix. Puisque ce maître ouvrit la voie à Guénon et le guida, il est bon d'informer les lecteurs à son propos et à propos de l'intermédiaire qu'il y avait entre le Shaykh 'Illaysh et Guénon. Les renseignements qui suivent sont tirés de la revue arabo-italienne qui était éditée au Caire en 1907 : an-Nâdî.

L'esprit qui gouvernait cette revue était celui du Shaykh al-Akbar Muhyî-d-dîn Ibn 'Arabî. Cette revue a joué un rôle de précurseur par rapport à d'autres revues qui parurent en France par la suite, et auxquelles Guénon participa largement. 'Abd-al-Hâdî (Abdul-Hâdi) était l'un des plus brillants rédacteurs de la revue, tant pour la partie arabe que pour la partie italienne. D'origine lituano-finlandaise et chrétienne, Ivan Gustaf de son nom d'origine, se convertit à l'islam et apprit l'arabe. Il publia des articles dans la revue, des éditions de traités des maîtres de l'ésotérisme islamique, dont le Shaykh al-Akbar, et des traductions de certains de ces textes. Il est beaucoup question dans la revue An-Nâdî du Shaykh 'Abd-ar-Rahmân 'Illaysh, qui rédigea lui-même un article sur Muhyî-d-dîn ibn 'Arabî.

'Abd-al-Hâdî, qui était naturellement en rapport personnel avec le Shaykh 'Abd-ar-Rahmân 'Illaysh, nous donne sur celui-ci de précieux renseignements. Il le présente notamment comme « un des hommes les plus célèbres de l'Islam, fils du restaurateur du rite malékite, et lui-même un sage profond, respecté de tous, depuis les plus humbles jusqu'aux princes et aux sultans, chef de beaucoup de confréries religieuses répandues dans tout le monde musulman, enfin une autorité incontestable de l'Islam ésotérique et exotérique, juridique et politique. Toutefois, son père et lui se sont toujours tenus loin des intrigues politiques de toutes sortes. Leur intégrité, leur austérité et leur profond savoir, unis à une ascendance illustre, leur promettaient une position exceptionnellement prépondérante en Islam ; ils n'en voulurent rien savoir.

« Ce qui a établi la légende de leur fanatisme, c'est une fatwâ restée célèbre, laquelle disait-on, eut pour conséquence la révolte de 'Orâbî Pasha en 1882. [...] A la suite des événements de 1882, les deux Cheikhs Elîsh, le père et le fils, furent jetés en prison et condamnés à mort. Le père mourut en prison ; le fils fut gracié et exilé...

« La mauvaise fortune poursuivit le Cheikh jusque dans son exil. Sa notoriété, sa naissance, son intégrité même, le rendaient suspect ; et sous la sotte accusation d'aspirer au Califat universel du monde musulman, pour son propre compte ou pour celui du sultan du Maroc, il fut de nouveau mis en prison, cette fois sur l'ordre d'un prince musulman.

« Pendant deux ans, il resta dans une cellule immonde où toute chose était pourriture, et où l'eau menaçait de faire irruption. Pour l'épouvanter, on fit tuer devant lui des condamnés. Finalement, il eut sa grâce on le fit sortir de prison, et on lui concéda un exil honorable à Rhodes.

« Il avait séjourné encore à Damas, où le célèbre adversaire des Français en Algérie, l'Emir Abd El-Kader, devint son ami et condisciple dans le même enseignement spirituel [celui du Cheikh al-Akbar, à l'étude duquel l'émir consacra son temps, dans la dernière partie de sa vie. L'Emir avait financé la première édition imprimée de l'œuvre maîtresse du Cheikh al-Akbar les Futûhât al-Makkiyya dont l'étendue est d'environ 2500 pages.] Lorsque l'Emir mourut, le Cheikh lui fit les derniers offices et l'enterra à Sâlihiyyé, à côté de la tombe même du Grand Maître, le Cheikh Muhyî-d-dîn ibn 'Arabî.

« Amnistié par la reine Victoria, le Cheikh rentra pour s'établir au Caire. De là, il irradie son influence bénéfique dans le monde musulman non seulement comme sommité scientifique, mais encore comme chef suprême de beaucoup de congrégations religieuses. Comme toujours, il se maintient - et les siens avec lui - loin et au-dessus des petites intrigues du jour, de la corruption et des cupidités qui allèchent l'âme. Chaque fois que vous rencontrez en Orient un homme supérieur par le caractère et le savoir, vous pourrez être sûr de vous trouver en présence d'un "châdilite"[4]. Maintenant, c'est surtout par la vertu de la rectitude et de la haute personnalité du Cheikh Elîsh que cette admirable congrégation maintient les sublimes traditions de son fondateur, le Très Heureux, Abû-l-Hasan ach-Châdhilî, à travers la contamination générale ».[5]

La revue an-Nâdî publia un article du Shaykh 'Illaysh sur Muhyî-d-dîn, à la fin duquel il remerciait 'Abd-al-Hâdî pour le noble service qu'il rendait à la civilisation en faisant connaître Muhyî-d-dîn, puis il terminait en l'encourageant à continuer ses études sur l'ésotérisme, sans se préoccuper de la haine de ceux qui ne comprennent pas l'islam selon sa haqîqa.

A peine l'article du Shaykh était-il publié que, dans le numéro suivant, on annonçait qu'il venait de se constituer en Italie et en Orient une société pour l'étude d'Ibn 'Arabî. La nouvelle société avait pris le nom d'« Akbariyya » et se donnait pour orientation :

- D'approfondir et de diffuser les enseignements du Shaykh Muhyî-d-dîn, aussi bien exotériques qu'ésotériques, par des éditions, traductions et commentaires des œuvres de celui-ci et de ses disciples, ainsi que par des conférences et des réunions.

- De réunir le plus grand nombre possible d'amis et de disciples du Shaykh Ibn 'Arabî, pour former de cette façon, un lien de fraternité et un rapprochement basé sur la solidarité intellectuelle entre les élites d'Orient et d'Occident.

- D'aider matériellement et d'encourager moralement ceux qui suivent la voie qu'a tracée Muhyî-d-dîn ibn 'Arabî, et surtout ceux qui, par la parole et les actes, œuvrent pour sa diffusion.

- Le travail de la société s'étendra encore à l'étude des Maîtres orientaux du soufisme, comme par exemple Jalâl-ad-Dîn ar-Rûmî, mais le sujet principal restera Ibn 'Arabî.

- La société ne s'occupera jamais de questions politiques, quelles qu'elles soient, et ne sortira pas de la recherche religieuse et sapientielle.

'Abd-al-Hâdî commença l'édition de ses études sur le soufisme et, ayant eu l'heureuse fortune de trouver une vingtaine d'œuvres d'Ibn 'Arabî, manuscrits rares et précieux, il entreprit de les analyser. Malheureusement, la revue n'échappa pas au mal des ennemis du soufisme, et elle dut s'interrompre. Suivant les conseils du Shaykh 'Illaysh, 'Abd-al-Hâdî essaya d'établir un lien spirituel entre l'Orient et l'Occident, et partit donc pour la France.



Excellent auteur mon Frère,c'est grâce à lui que moi et beaucoup d'autres connaissances sommes venus à l'Islam Smile
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Sayfullah Al Chelhi
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MessageSujet: Re: René Guénon   Sam 9 Jan - 0:05

Salam Alaykom

J'ai beaucoup entendu parlé de cette auteur, il a nourrie la réflexion sur l'islam et le mode de vie occidental, je n'ai lue aucun de ses ouvrages, mais peut-être serais il intéressant de publié certaine de ces études en bref pour donner un aperçu au internaute que nous sommes.


http://a21.idata.over-blog.com/300x303/3/08/66/48/DOCUMENTS-INFORMATIONS/RENE-GUENON.jpg[/img]

http://sophia-perennis.wikispaces.com/file/view/Rene_Guenon_&_Frithjof_Schuon.jpg/30370066/Rene_Guenon_&_Frithjof_Schuon.jpg[img]
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afghanterminator
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MessageSujet: Re: René Guénon   Sam 9 Jan - 0:14

Sayfullah Al Chelhi a écrit:
Salam Alaykom

J'ai beaucoup entendu parlé de cette auteur, il a nourrie la réflexion sur l'islam et le mode de vie occidental, je n'ai lue aucun de ses ouvrages, mais peut-être serais il intéressant de publié certaine de ces études en bref pour donner un aperçu au internaute que nous sommes.





Très grand hauteur comme je dis, et je ne pèse pas mes mots
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Jebliya
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MessageSujet: Re: René Guénon   Sam 9 Jan - 9:43

Salam


J'ai son livre " crise du monde moderne", je l'ai mis sur ce lien dl.free.fr/ow2DZk5fF afin que vous puissiez le télécharger


Bonne lecture study
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Sayfullah Al Chelhi
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MessageSujet: Re: René Guénon   Sam 9 Jan - 16:23

Jebliya a écrit:
Salam


J'ai son livre " crise du monde moderne", je l'ai mis sur ce lien dl.free.fr/ow2DZk5fF afin que vous puissiez le télécharger


Bonne lecture study

Je te remerci thumleft
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afghanterminator
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MessageSujet: Re: René Guénon   Sam 9 Jan - 16:25

Jebliya a écrit:
Salam


J'ai son livre " crise du monde moderne", je l'ai mis sur ce lien dl.free.fr/ow2DZk5fF afin que vous puissiez le télécharger


Bonne lecture study

Déjà lu, merci pour les autres Wink
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Afg4ever
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MessageSujet: Re: René Guénon   Lun 11 Jan - 12:28

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azerty
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MessageSujet: Re: René Guénon   Ven 15 Jan - 12:46

..............


Dernière édition par azerty le Ven 15 Jan - 18:14, édité 1 fois
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Golestan
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MessageSujet: Re: René Guénon   Ven 15 Jan - 16:19

azerty a écrit:
cheykh abdel wahid yahia???????

c'est la meilleure celle là je le connais trèèèèèèèèèès pour ne pas dire trop bien

si lui est cheykh mon père est mufti d'arabie

renseignez vous avant de lire des bêtises!!!!
Salam
Si c'est ces origines non musulmans qui te géne, sache que les plus grands hommes de l'islam n'était pas musulman et qu'ils se sont converti comme René Guénon.
En terme de connaissance il suffit de lire ces oeuvrages pour constater que René Guénon est un homme noyé dans la connaissance.
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afghanterminator
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MessageSujet: Re: René Guénon   Ven 15 Jan - 16:49

Golestan a écrit:

En terme de connaissance il suffit de lire ces oeuvrages pour constater que René Guénon est un homme noyé dans la connaissance.

+1 je confirme,
azerty tu devrais lire au moins un de ses livres
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azerty
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MessageSujet: Re: René Guénon   Ven 15 Jan - 18:15

autant pour moi je pensais a celui qui a fait ça bio abdel wadoud qui se prenait un moment pour l'imam de ma ville...
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azerty
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MessageSujet: Re: René Guénon   Ven 15 Jan - 18:16

azerty a écrit:
autant pour moi je pensais a celui qui a fait ça bio abdel wadoud qui se prenait un moment pour l'imam de ma ville...

golestan ne me fait pas dire ce que je n'ai pas dit !!!
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Golestan
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MessageSujet: Re: René Guénon   Ven 15 Jan - 21:11

azerty a écrit:
autant pour moi je pensais a celui qui a fait ça bio abdel wadoud qui se prenait un moment pour l'imam de ma ville...

Citation :
golestan ne me fait pas dire ce que je n'ai pas dit !!!


Razz Razz Razz Razz
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Faraway
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MessageSujet: Re: René Guénon   Dim 7 Aoû - 11:13

Merci à Golestan de m'avoir donner envie de relire René Guénon. Je me souviens avoir hérité de mon grand-père, haut fonctionnaire parisien en quête de sens sur le tard, d'un stock important de numéros de la Revue Traditionnelle, éditée ou en tout cas inspirée par René Guénon jusqu'aux années 1960. Je vais commencer par La Crise du monde moderne.
La conversion officielle de Guénon à l'islam et sa retraite en Egypte (dans des conditions difficiles) m'a toujours intrigué, car c'est comme spécialiste de l'hindouisme qu'il a surtout écrit, si je ne me trompe.
Si un jour je rejoins officiellement l'islam, ce sera peut-être grâce à Guénon.
Ce sera aussi grâce à Massoud, un des hommes que j'admire le plus au monde. Lorsque je regarde les photos de lui publiées sur ce forum, j'ai l'impression de voir Jésus.

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Abi muslim
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MessageSujet: Re: René Guénon   Jeu 19 Juil - 15:19

Bismi-Llâh wa Al Hamduli-Llâh wa Salât wa Salâm ‘ala Rassuli-Llâh,
As'Salâmu Alaykum wa Rahmatu-Llâhi wa Barakâtahu,

Cet homme, était un homme véritable, plein de spiritualité et de justesse. Son amour pour la Vérité (Al Haqq ; Dieu) l'a conduit tout "naturellement" vers l'Islam, comme moi-même d'ailleurs. C'est notamment par cet auteur, interprète de la tradition, ainsi que par des maîtres spirituels du tasawwuf (Rûmî, Ibn 'Arabî, Al-Jilânî, Al-Iskandarî, Al-Ghazâlî, As-Sulamî, etc.), que je suis retourné à l'Islam après l'avoir (à peu de choses près) pratiquement quitté, Louange et Gloire à Allâh pour ce bienfait manifeste.

A lui seul, toutes les idéologies et superstitions modernes ont été balayées intellectuellement.
Un excellent blog publie régulièrement des textes et articles de René Guénon : h t t p : / / esprit-universel.over-blog. c om /

Qu'Allâh l'agrée !
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Yama
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MessageSujet: Re: René Guénon   Mer 10 Oct - 9:34

Je vais peut-être étonner certains d'entre vous mais j'avoue que celui qui m'a appris le plus en matière de religion, de "spiritualité" et de "mystères" c'est R. Guénon (qu'il n'ait pas été "musulman de naissance" n'a strictement aucune importance, et comme il a été dit plus haut, beaucoup de grandes figures musulmanes n'étaient pas d'ascendance musulmane). Je n'ai qu'un conseil à donner : lisez tout de lui (en commençant de préférence par La Crise..., et continuer avec L'Introduction générale..., puis L'Orient et l'Occident, Le Règne...et puis les autres. Je vous promets que vous ne perdrez pas votre temps...

Les curieux trouveront des informations fort utiles, les athées qui cherchent la "vérité" l'auront sous les yeux, les croyants peu zélés seront fortifiés dans leur foi parce qu'ils comprendront certaines choses et tout le monde pourra en profiter pour purger son esprit des erreurs et comprendre l'importance capitale de certaines choses...Bonne lecture. (Plusieurs de ses livres sont accessibles en pdf gratuitement).
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Yama
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MessageSujet: Re: René Guénon   Mer 10 Oct - 9:38

et n'oublions pas que l'étude (de la science sacrée j'entends) est une aussi une forme d'adoration.

"Cherche la connaissance du berceau jusqu'à la tombe"
"La quête du savoir est une obligation pour tout musulmans"
"Cherche le savoir, fût-ce qu'en Chine"
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Abi muslim
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MessageSujet: Re: René Guénon   Mer 10 Oct - 11:09

Bismi-Llâh wa Al Hamduli-Llâh wa Salât wa Salâm ‘ala Rassuli-Llâh,
As'Salâmu Alaykum wa Rahmatu-Llâhi wa Barakâtahu,

En effet, ses livres sont tout simplement excellents ! Tous les musulmans devraient se ruer dessus...
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Yama
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MessageSujet: La science profane devant les doctrines traditionnelles   Mar 29 Jan - 20:43


Bien que nous ayons souvent précisé quelle devait être normalement, vis-à-vis de la science profane, l'attitude de quiconque représente ou plus simplement expose une doctrine traditionnelle quelle qu'elle soit,il semble, d'après certaines réflexions dont on nous a fait part de divers côtés en ces derniers temps, que tous ne l'aient pas encore parfaitement compris. Nous devons d'ailleurs reconnaître qu'il y a à cela une excuse : c'est que l'attitude dont il s'agit est difficilement concevable pour ceux qui sont plus ou moins affectés par l'esprit moderne, c'est-à-dire pour l'immense majorité de nos contemporains, du moins dans le monde occidental ; rares sont ceux qui réussissent à se débarrasser entièrement des préjugés qui sont inhérents à cet esprit, et qui leur ont été imposés par l'éducation qu'ils ont reçue et par le milieu même où ils vivent. Or, parmi ces préjugés, un des plus forts est certainement la croyance à la valeur de la science moderne, qui est en réalité la même chose que la science profane ; de là résulte inévitablement, chez beaucoup, une sorte de volonté plus ou moins inconsciente de ne pas admettre que les résultats réels ou supposés de cette science soient quelque chose dont on puisse ne tenir aucun compte.

Nous rappellerons tout d'abord que, dans quelque ordre que ce soit, c'est le point de vue profane lui-même qui est illégitime comme tel ; et ce point de vue consiste essentiellement à envisager les choses sans les rattacher à aucun principe transcendant, et comme si elles étaient indépendantes de tout principe, qu'il ignore purement et simplement, quand il ne va pas jusqu'à nier d'une façon plus ou moins explicite. Cette définition est également applicable au domaine de l'action et à celui de la connaissance ; dans ce dernier, il est bien évident que tel est le cas de la science moderne tout entière, et, par conséquent, celle-ci n'a aucun droit à être considérée comme une véritable connaissance, puisque, même s'il lui arrive d'énoncer des choses qui soient vraies, la façon dont elle les présente n'en est pas moins illégitime, et elle est en tout cas incapable de donner la raison de leur vérité, qui ne peut résider que dans leur dépendance à l'égard des principes. Il est d'ailleurs bien entendu que, dès lors que nous parlons de connaissance, ceci ne concerne pas les applications pratiques auxquelles cette science peut donner lieu ; ces applications, en effet, sont tout à fait indépendantes de la valeur de la science comme telle, et par conséquent, elles ne nous intéressent pas ici. Du reste, les savants eux-mêmes reconnaissent assez volontiers qu'ils utilisent des forces dont ils ignorent complètement la nature ; cette ignorance est sans doute pour beaucoup dans le caractère dangereux que ces applications présentent trop souvent, mais c'est là une autre question sur laquelle nous n'avons pas à insister actuellement.

On pourrait se demander si, malgré tout, une telle science ne peut pas être légitimée, en rétablissant, pour la part de vérité qu'elle peut contenir dans un ordre relatif, le lien avec les principes, qui seul permettrait de comprendre effectivement cette vérité comme telle. Assurément, cela n'est pas impossible dans certains cas, mais alors ce n'est plus de la même science qu'il s'agirait en réalité, puisque cela impliquerait un changement complet de point de vue, et que, par là même, un point de vue traditionnel serait substitué au point de vue profane ; il ne faut pas oublier qu'une science ne se définit pas uniquement par son objet, mais aussi par le point de vue sous lequel elle le considère. S'il en était ainsi, ce qui pourrait être conservé devrait être soigneusement distingué de ce qui serait au contraire à éliminer, c'est-à-dire de toutes les conceptions fausses auxquelles l'ignorance des principes n'a permis que trop facilement de s'introduire ; et la formulation même des vérités aurait le plus souvent besoin d'être rectifiée, car elle est presque toujours influencée plus ou moins gravement par ces conceptions fausses auxquelles les vérités en question se trouvent associées dans la science profane. Nous avons nous-même, dans un de nos ouvrages, donné à ce sujet quelques indications en ce qui concerne certaines parties des mathématiques modernes (1) ; et qu'on ne vienne pas dire que, dans un cas comme celui-là, la rectification de la terminologie n'aurait que peu d'importance au fond, voire même qu'elle ne mériterait pas l'effort qu'elle exigerait, sous prétexte que les mathématiciens eux-mêmes ne sont pas dupes des absurdités impliquées dans le langages qu'ils emploient. D'abord, un langage erroné suppose toujours forcément quelque confusion dans la pensée même, et il est plus grave qu'on ne pourrait le croire de s'abstenir à ne pas vouloir dissiper cette confusion et à la traiter comme une chose négligeable ou indifférente. Ensuite, même si les mathématiciens professionnels ont fini par s'apercevoir de la fausseté de certaines idées, il n'en est pas moins vrai que, en continuant à employer des façons de parler qui reflètent ces mêmes idées fausses, ils contribuent à répandre celles-ci ou à les entretenir chez tous ceux qui reçoivent leur enseignement dans une mesure quelconque, directement ou indirectement, et qui n'ont pas la possibilité d'examiner les choses d'aussi près qu'eux. Enfin, et ceci est encore plus important, le fait de se servir d'une terminologie à laquelle on n'attache plus aucune signification plausible n'est pas autre chose qu'une des manifestations de la tendance de plus en plus accentuée de la science actuelle à se réduire à un « conventionalisme » vide de sens, tendance qui est elle-même caractéristique de la phase de « dissolution » succédant à celle de la « solidification » dans les dernières périodes du cycle (2). Il serait vraiment curieux, et d'ailleurs bien digne d'une époque de désordre intellectuel comme la nôtre, que certains, en voulant montrer que les objections que nous avons formulées contre leur science ne sont pas réellement applicables en ce qui les concerne, mettent précisément en avant un argument qui ne fait au contraire qu'y apporter une confirmation encore plus complète !

Ceci nous amène à une considération d'ordre plus général : nous savons qu'on nous reproche parfois de faire état, contre la science moderne, de théories que les savants eux-mêmes n'admettent plus guère actuellement, ou sur lesquelles ils font tout au moins des réserves que ne faisaient pas leurs prédécesseurs. Pour prendre un exemple, il est exact, en effet, que le transformisme a perdu beaucoup de terrain dans les milieux « scientifiques », sans qu'on puisse toutefois aller jusqu'à dire qu'il n'y compte plus de partisans, ce qui serait une exagération manifeste ; mais il n'est pas moins exact qu'il continue à s'étaler comme précédemment, et avec la même assurance « dogmatique », dans les manuels d'enseignement et dans les ouvrages de vulgarisation, c'est-à-dire en somme dans tout ce qui est accessible en fait à ceux qui ne sont pas des « spécialistes », si bien que, en ce qui concerne l'influence qu'il exerce sur la mentalité générale, il n'y a véritablement rien de changé, et il garde toujours, si l'on peut dire, la même « actualité » sous ce rapport. On devra d'ailleurs bien comprendre que l'importance que nous attachons à ce fait, qu'on peut constater aussi pour toute sorte d'autres théories « périmées » ou « dépassées », suivant les expressions à la mode, ne tient nullement à ce que nous portons un intérêt particulier à la masse du « grand public » ; la vraie raison en est que ces théories affectent indistinctement par là tous ceux qui, comme nous venons de le dire, ne sont pas des « spécialistes », et parmi lesquels il en est sûrement, si peu nombreux qu'ils soient, qui, s'ils ne subissaient pas de telles influences, auraient des possibilités de compréhension que, par contre, on ne peut guère s'attendre à rencontrer chez les savant irrémédiablement enfermés dans leurs « spécialités ». A vrai dire, d'ailleurs, nous ne sommes pas bien sûr que, si beaucoup de ces savant ont renoncé pour leur propre compte aux formes grossières du transformisme, ce ne soit pas tout simplement pour le remplacer par des conceptions qui, pour être plus subtiles, ne valent pas mieux au fond et n'en sont même peut-être que plus dangereuses ; en tout cas, pourquoi entretiennent-ils une fâcheuse équivoque en continuant à parler d' « évolution » comme il le font toujours, si vraiment ce qu'ils entendent par là n'a plus guère de rapport avec ce qu'on était habitué jusqu'ici à désigner par ce mot, et faut-il voir là encore une manifestations du « conventionalisme » scientifique actuel, ou simplement un exemple de la tendance qu'ont aujourd'hui les mots, même dans l'usage courant, à perdre complètement leur sens normal ? Quoi qu'il en soit, ce qui est assez étrange, c'est que, tandis que certains nous font grief de ne pas prendre suffisamment en considération ce qu'on pourrait appeler l' « actualité » scientifique, il est aussi, dans d'autres milieux, des gens qui, au contraire ne nous pardonnent certainement pas de penser et de dire que le matérialisme n'est plus maintenant le seul danger qu'il y ait lieu de dénoncer, ni même le principal ou le plus redoutable ; il faut croire qu'il est bien difficile de satisfaire tout le monde, et d'ailleurs nous devons dire que c'est là une chose dont, pour notre part, nous ne nous sommes jamais préoccupé.

Revenons maintenant à la question de la légitimation des sciences modernes : si cette légitimation est possible pour certaines d'entre elles comme nous l'avons dit, il n'en est cependant pas ainsi pour toutes également, car il y a à cela une condition nécessaire, qui est qu'une science ait un objet qui soit légitime en lui-même, si la façon dont elle l'envisager ne l'est pas en raison de son caractère profane. Or cette condition n'est pas remplie par les sciences, nous devrions plutôt dire les prétendues sciences, qui ne sont en réalité rien de plus ni d'autre que des produits spécifiques de la déviation moderne ; un cas tout à fait typique en ce genre est celui de la psychanalyse, et il n'y a pas lieu de chercher à rattacher à des principes supérieurs ce qui n'est proprement qu'une aberration due à l'action d'influence psychiques de l'ordre le plus bas ; autant vaudrait essayer de légitimer le spiritisme ou les divagations « surréalistes » qui ont en somme une origine toute semblable, la seule seule différence étant que ces choses ne sont pas admises dans les cadres de l'enseignement « officiel ». D'autre part, en ce qui concerne celles des sciences modernes qui ont tout au moins un objet légitime, il ne faut pas oublier que, pour beaucoup d'entre elles, il y aurait lieu de tenir compte du caractère de « résidus » qu'elles présentent par rapport à certaines sciences anciennes, ainsi que nous l'avons expliqué en d'autres occasions, si bien que leur légitimation équivaudrait proprement à une restauration plus ou moins intégrale des sciences traditionnelles auxquelles elles correspondent ainsi et dont elles ne sont réellement que des vestiges dégénérés par suite de l'oubli des principes ; mais cette restauration même n'irait pas sans difficultés, car, parmi ces sciences traditionnelles, il en est, comme l'astrologie par exemple, dont la véritable « clef » semble bien perdue, et qu'en tout cas il faudrait bien se garder de confondre avec les déformations de date plus ou moins récente qu'on rencontre aujourd'hui sous le même nom, et qui sont elles-mêmes fortement affectées par le point de vue profane qui envahit tout de plus en plus.

La question que nous venons d'examiner n'a d'ailleurs actuellement qu'un intérêt en quelque sorte « théorique », car, en fait, la légitimation dont il s'agit n'a encore été entreprise dans aucun cas, de sorte que, quand on a affaire à la science moderne, on se trouve toujours uniquement en présence de la science profane. Celle-ci ne peut être considérée, par rapport aux doctrines traditionnelles, que comme purement et simplement inexistante ; en d'autres termes, il n'y a aucunement à se préoccuper de savoir si elle se trouve en accord ou en désaccord avec ces doctrines, avec lesquelles, en raison de son défaut de principes, elle ne saurait avoir aucun rapport effectif. S'il y a désaccord, on peut être certain que l'erreur est forcément du côté de la science profane, les données traditionnelles ne pouvant faire l'objet d'aucun doute pour quiconque en comprend la véritable nature, si au contraire il y a accord, c'est tant mieux pour cette science, mais pour elle seulement, car cela montre qu'elle est parvenue, quoique par des voies fort détournées et incertaines, à atteindre la vérité sur quelques points particuliers. Cette rencontre, qui n'a qu'un caractère tout accidentel, n'importe en rien aux doctrines traditionnelles, car celles-ci n'ont nul besoin d'une « confirmation » extérieure quelconque ; ce serait d'ailleurs une singulière confirmation que celle qu'on prétendrait obtenir en faisant appel à une science pour laquelle les vérités dont il s'agit ne peuvent jamais, comme tout l'ensemble de ses théories, apparaître que comme de simples hypothèses plus ou moins probables. Il n'y a pas lieu davantage, et pour les mêmes raisons, de chercher à associer à des données traditionnelles des idées empruntées à la science profane ou inspirées plus ou moins directement de celle-ci ; c'est là une entreprise parfaitement vaine, et qui ne peut être que le fait de ceux qui, comme les occultistes par exemple, ignorent totalement la portée réelle des éléments fragmentaires qu'ils ont pris dans ce qu'ils ont pu connaître de diverses traditions ; nous avons déjà expliqué assez souvent l'inanité de ce genre de constructions « syncrétiques » et hybrides pour qu'il ne soit pas nécessaire de nous y étendre de nouveau.

D'autre part, nous avons eu aussi l'occasion de faire remarquer la faiblesse, pour ne pas dire plus, de l'attitude qu'on est convenu d'appeler « apologétique », et qui consiste à vouloir défendre une tradition contre des attaques telles que celles de la science moderne en discutant les arguments de celle-ci sur son propre terrain, ce qui ne va presque jamais sans entraîner des concessions plus ou moins fâcheuses, et ce qui implique en tout cas une méconnaissance du caractère transcendant de la doctrine traditionnelle. Cette attitude est habituellement celle d'exotéristes, et l'on peut penser que, bien souvent, ils sont surtout poussés par la crainte qu'un plus ou moins grand nombre d'adhérents de leur tradition ne s'en laissent détourner par les objections scientifiques ou soi-disant telles qui sont formulées contre elle ; mais, outre que cette « quantitative » est elle-même d'un ordre assez profane, ces objections méritent d'autant moins qu'on y attache une telle importance que la science dont elles s'inspirent change continuellement, ce qui devrait suffire à prouver leur peu de solidité. Quand on voit, par exemple, des théologiens se préoccuper d' « accorder la Bible avec la science », il n'est que trop facile de constater combien un tel travail est illusoire, puisqu'il est constamment à refaire à mesure que les théories scientifiques se modifient, sans compter qu'il a toujours l'inconvénient de paraître solidariser avec l'état présent de la science profane, c'est-à-dire avec des théories qui ne seront peut-être plus admises par personne au bout de quelques années, si même elles ne sont pas déjà abandonnées par les savants, car cela aussi peut arriver, les objections qu'on s'attache à combattre ainsi étant plutôt ordinairement le fait des vulgarisations que celui des savants eux-mêmes. Au lieu d'abaisser maladroitement les Écritures sacrées à un pareil niveau, ces théologiens feraient assurément beaucoup mieux de chercher à en approfondir autant que possible le véritable sens, et de l'exposer purement et simplement pour le bénéfice de ceux qui sont capables comprendre, et qui, s'ils le comprenaient effectivement, ne seraient plus tentés par là même de se laisser influencer par les hypothèses de la Science profane, non plus d'ailleurs que par la « critique » dissolvante d'une exégèse moderniste et rationaliste, c'est-à-dire essentiellement antitraditionnelle, dont les prétendus résultats n'ont pas davantage à être pris en considération par ceux qui ont conscience de ce qu'est réellement la tradition. Quiconque expose une doctrine traditionnelle, exotérique aussi bien qu'ésotérique, a non seulement le droit le plus strict, mais même le devoir de se garder de la moindre compromission avec le point de vue profane, dans quelque domaine que ce soit ; mais où sont aujourd'hui, en Occident, ceux qui comprennent encore qu'il doit en être ainsi ? Certains diront peut-être que, après tout, c'est là l'affaire des théologiens, puisque ce sont eux que nous venons de prendre comme exemple, et non pas la nôtre ; mais nous ne sommes pas de ceux qui estiment qu'on peut se désintéresser des atteintes portées à une tradition quelconque, et qui sont même toujours prêts à se féliciter des attaques qui visent une tradition autre que la leur, comme s'il s'agissait de coups dirigés contre des « concurrents », et comme si ces attaques n'atteignaient pas toujours, en définitive, l'esprit traditionnel lui-même ; et le genre d' « apologétique » dont nous avons parlé ne montre que trop à quel point elles ont réussi à affaiblir cet esprit traditionnel chez ceux-là mêmes qui s'en croient les défenseurs.

Maintenant, il est encore un point qu'il nous faut bien préciser pour éviter tout malentendu : il ne faudrait certes pas penser que celui qui entend se maintenir dans une attitude rigoureusement traditionnelle doit dès lors s'interdire de jamais parler des théories de la science profane ; il peut et doit au contraire, quand il y a lieu, en dénoncer les erreurs et les dangers, et cela surtout lorsqu'il s'y trouve des affirmations allant nettement à l'encontre des données de la tradition ; mais il devra le faire toujours de telle façon que cela ne constitue aucunement une discussion « d'égal à égal », qui n'est possible qu'à la condition de se placer soi-même sur le terrain profane. En effet, ce dont il s'agit réellement en pareil cas, c'est un jugement formulé au nom d'une autorité supérieure, celle de la doctrine traditionnelle, car il est bien entendu que c'est cette doctrine seule qui compte ici et que les individualités qui l'expriment n'ont pas la moindre importance en elles-mêmes, or on n'a jamais osé prétendre, autant que nous sachions, qu'un jugement pouvait être assimilé à une discussion ou à une « polémique ». Si, par un parti pris dû à l'incompréhension et dont la mauvaise foi n'est malheureusement pas toujours absente, ceux qui méconnaissent l'autorité de la tradition prétendent voir de la « polémique » là où il n'y en a pas l'ombre, et il n'y a évidemment aucun moyen de les en empêcher, pas plus qu'on ne peut empêcher un ignorant ou un sot de prendre les doctrines traditionnelles pour de la « philosophie », mais ce ne vaut même pas qu'on y prête la moindre attention ; du moins tous ceux qui comprennent ce qu'est la tradition, et qui sont les seuls dont l'avis importe, sauront-il parfaitement à quoi s'en tenir ; et quant à nous, s'il est des profanes qui voudraient nous entraîner à discuter avec eux, nous les avertissons une fois pour toutes que, comme nous ne saurions consentir à descendre à leur niveau ni nous placer à leur point de vue, leurs efforts tomberont toujours dans le vide.
1. Voir Les Principes du Calcul infinitésimal.
2. Voir Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps.
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Yama
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MessageSujet: La réforme de la mentalité moderne   Dim 3 Fév - 10:20

La réforme de la mentalité moderne

La civilisation moderne apparaît dans l'histoire comme une véritable anomalie : de toutes celles que nous connaissons, elle est la seule qui se soit développée dans un sens purement matérialiste, la seule aussi qui ne s'appuie sur aucun principe d'ordre supérieur. Ce développement matériel qui se poursuit depuis plusieurs siècles déjà, et qui va en s'accélérant de plus en plus, a été accompagné d'une régression intellectuelle qu'il est fort incapable de compenser. Il s'agit en cela, bien entendu, de la véritable et pure intellectualité, que l'on pourrait aussi appeler spiritualité, et nous nous refusons à donner ce nom à ce à quoi les modernes se sont surtout appliqués : la culture des sciences expérimentales, en vue des applications pratiques auxquelles elles sont susceptibles de donner lieu. Un seul exemple pourrait permettre de mesurer l'étendue de cette régression : la Somme théologique de saint Thomas d'Aquin était, dans son temps, un manuel à l'usage des étudiants ; où sont aujourd'hui les étudiants qui seraient capables de l'approfondir et de se l'assimiler ?

La déchéance ne s'est pas produite d'un seul coup ; on pourrait en suivre les étapes à travers toute la philosophie moderne. C'est la perte ou l'oubli de la véritable intellectualité qui a rendu possibles ces deux erreurs qui ne s'opposent qu'en apparence, qui sont en réalité corrélative et complémentaires : rationalisme et sentimentalisme. Dès lors qu'on niait ou qu'on ignorait toute connaissance purement intellectuelle, comme on l'a fait depuis Descartes, on devait logiquement aboutir, d'une part, au positivisme, à l'agnosticisme et à toutes les aberrations « scientistes », et, d'autre part, à toutes les théories contemporaines qui, ne se contenant pas de ce que la raison peut donner, cherchent autre chose, mais le cherchent du côté du sentiment et de l'instinct, c'est-à-dire au-dessous de la raison et non au-dessus, et en arrivent, avec William James par exemple, à voir dans la subconscience le moyen par lequel l'homme peut entrer en communication avec le Divin. La notion de la vérité, après avoir été rabaissée à n'être plus qu'une simple représentation de la réalité sensible, est finalement identifiée par le pragmatisme à l'utilité, ce qui revient à la supprimer purement et simplement ; en effet, qu'importe la vérité dans un monde dont les aspirations sont uniquement matérielles et sentimentales ?

Il n'est pas possible de développer ici toutes les conséquences d'un semblable état de choses ; bornons-nous à en indiquer quelques-unes, parmi celles qui se rapportent plus particulièrement au point de vue religieux. Et, tout d'abord, il est à noter que le mépris et la répulsion que les autres peuples, les Orientaux surtout, éprouvent à l'égard des Occidentaux, viennent en grande partie de ce que ceux-ci leur apparaissent en général comme des hommes sans tradition, sans religion, ce qui est à leurs yeux une véritables monstruosité. Un Oriental ne peut admettre une organisation sociale qui ne repose pas sur les principes traditionnels ; pour un musulman, par exemple, la législation toute entière n'est qu'une simple dépendance de la religion. Autrefois, il en a été ainsi en Occident également ; que l'on songe à ce que fut la Chrétienté au moyen âge ; mais, aujourd'hui, les rapports sont renversés. En effet, on envisage maintenant la religion comme un simple fait social ; au lieu que l'ordre social tout entier soit rattaché à la religion, celle-ci au contraire, quand on sent encore à lui faire une place, n'est plus regardée que comme l'un quelconque des éléments qui constituent l'ordre social ; et combien de catholiques, hélas ! acceptent cette façon de voir sans la moindre difficulté ! Il est grand temps de réagir contre cette tendance, et, à cet égard, l'affirmation du Règne social du Christ est une manifestation particulièrement opportune ; mais, pour en faire une réalité, c'est toute la mentalité actuelle qu'il faut réformer.

Il ne faut pas se le dissimuler, ceux mêmes qui se croient être sincèrement religieux n'ont, pour la plupart, de la religion qu'une idée fort amoindrie ; elle n'a guère d'influence effective sur leur pensée ni sur leur façon d'agir; elle est comme séparée de tout le reste de leur existence. Pratiquement, croyants et incroyants se comportent à peu près de la même façon ; pour beaucoup de catholiques, l'affirmation du surnaturel n'a qu'une valeur toute théorique, et ils seraient fort gênés d'avoir à constater un fait miraculeux. C'est là ce qu'on pourrait appeler un matérialisme pratique, un matérialisme du fait ; n'est-il pas plus dangereux encore que le matérialisme avéré, précisément parce que ceux qu'il atteint n'en ont même pas conscience ?

D'autre par, pour le plus grand nombre, la religion n'est qu'une affaire de sentiment, sans aucune portée intellectuelle ; on confond la religion avec une vague religiosité, on la réduit à une morale ; on diminue le plus possible la place de la doctrine, qui est pourtant tout l'essentiel, ce dont tout le reste ne doit être logiquement qu'une conséquence. Sous ce rapport, le protestantisme, qui aboutit à n'être plus qu'un « moralisme » pur et simple, est très représentatif des tendances de l'esprit moderne ; mais on aurait grand tort de croire que le catholicisme lui-même n'est pas affecté par ces mêmes tendances, non dans son principe, certes, mais dans la façon dont il est présenté d'ordinaire : sous prétexte de le rendre acceptable à la mentalité actuelle, on fait des concessions les plus fâcheuses, et on encourage ainsi ce qu'il faudrait au contraire combattre énergiquement. N'insistons pas sur l'aveuglement de ceux qui, sous prétexte de « tolérance », se font les complices inconscients de véritables contrefaçons de la religion, dont ils sont loin de soupçonner l'intention cachée. Signalons seulement en passant, à ce propos, l'abus déplorable qui est fait trop fréquemment du mot même de « religion » : n'emploie-t-on pas à tout instant des expressions comme celles de « religion de la patrie », de « religion de la science », de « religion du devoir » ? Ce ne sont pas là de simples négligences de langage, ce sont des symptômes de la confusion qui est partout dans le monde moderne, car le langage ne fait en somme que représenter fidèlement l'état des esprits ; et de telles expressions sont incompatibles avec le vrai sens religieux.

Mais venons-en à ce qu'il y a de plus essentiel : nous voulons parler de l'affaiblissement de l'enseignement doctrinal, presque entièrement remplacé par de vagues considération morales et sentimentales, qui plaisent peut-être davantage à certains, mais qui, en même temps, ne peuvent que rebuter et éloigner ceux qui ont des aspirations d'ordre intellectuel, et, malgré tout, il en est encore à notre époque. Ce qui le prouve, c'est que certains, plus nombreux même qu'on ne pourrait le croire, déplorent ce défaut de doctrine ; et nous voyons un signe favorable, en dépit des apparences, dans le fait qu'on paraît, de divers côtés, s'en rendre compte davantage aujourd'hui qu'il y a quelques années. On a certainement tort de prétendre, comme nous l'avons souvent entendu, que personne ne comprendrait un exposé de pure doctrine ; d'abord, pourquoi vouloir toujours se tenir au niveau le plus bas, sous prétexte que c'est celui du plus grand nombre, comme s'il fallait considérer la quantité plutôt que la qualité ? N'est-ce pas là une conséquence de cet esprit démocratique qui est un des aspects caractéristiques de la mentalité moderne ? Et, d'autre part, croit-on que tant de gens seraient réellement incapables de comprendre, si on les avait habitués à un enseignement doctrinal ? Ne faut-il pas penser même que ceux qui ne comprendraient pas tout en retireraient cependant un certain bénéfice peut-être plus grand qu'on ne le suppose ?

Mais ce qui est sans doute l'obstacle le plus grave, c'est cette sorte de défiance que l'on témoigne, dans trop de milieux catholiques, et même ecclésiastiques, à l'égard de l'intellectualité en général ; nous disons le plus grave, parce que c'est une marque d'incompréhension jusque chez ceux-là mêmes à qui incombe la tâche de l'enseignement. Ils ont été touchés par l'esprit moderne au point de ne plus savoir, pas plus que les philosophes auxquels nous faisions allusion tout à l'heure, ce qu'est l'intellectualité vraie, au point de confondre parfois intellectualisme avec rationalisme, faisant ainsi involontairement le jeu des adversaires. Nous pensons précisément que ce qui importe avant tout, c'est de restaurer cette véritable intellectualité, et avec elle le sens de la doctrine et de la tradition ; il est grand temps de montrer qu'il y a dans la religion autre chose qu'une affaire de dévotion sentimentale, autre chose aussi que des préceptes moraux ou des consolations à l'usage des esprits affaiblis par la souffrance, qu'on peut y trouver la « nourriture solide » dont parle saint Paul dans l’Épître aux Hébreux

Nous savons bien que cela a le tort d'aller contre certaines habitudes prises et dont on s'affranchit difficilement ; et pourtant il ne s'agit pas d'innover, loin de là, il s'agit au contraire de revenir à la tradition dont on s'est écarté, de retrouver ce qu'on a laissé se perdre. Cela ne vaudrait-il pas mieux que de faire à l'esprit moderne les concessions les plus injustifiées, celles par exemple qui se rencontrent dans tant de traités d'apologétique, où l'on s'efforce de concilier le dogme avec tout ce qu'il y a de plus hypothétique et de moins fondé dans la science actuelle, quitte à tout remettre en question chaque fois que ces théories soi-disant scientifiques viennent à être remplacées par d'autres ? Il serait pourtant bien facile de montrer que la religion et la science ne peuvent entrer réellement en conflit, pour la simple raison qu'elles ne se rapportent pas au même domaine. Comment ne voit-on pas le danger qu'il y a à paraître chercher, pour la doctrine qui concerne les vérités immuables et éternelles, un point d'appui dans ce qu'il de plus changeant et de plus incertain ? Et que penser de certains théologiens catholiques qui sont affectés de l'esprit « scientiste » au point de se croire obligés de tenir compte dans une mesure plus ou moins large, des résultats de l'exégèse moderne et de la « critique textuelle », alors qu'il serait si aisé, à la condition d'avoir une base doctrinale un peu sûre, d'en faire apparaître l'inanité ? Comment ne s'aperçoit-on pas que la prétendue « science des religions », telle qu'elle est enseigné dans les milieux universitaires, n'a jamais été en réalité autre chose qu'une machine de guerre dirigée contre la religion et, plus généralement, contre tout ce qui peut subsister encore de l'esprit traditionnel, que veulent naturellement détruire ceux qui dirigent le monde moderne dans un sens qui ne peut aboutir qu'à une catastrophe ?

Il y aurait beaucoup à dire sur tout cela, mais nous n'avons voulu qu'indiquer très sommairement quelques-uns des points sur lesquels une réforme serait nécessaire et urgente ; et, pour terminer par une question qui nous intéresse tout spécialement ici, pourquoi rencontre-t-on tant d'hostilité plus ou moins avouée à l'égard du symbolisme ? Assurément, parce qu'il y a là un mode d'expression qui est devenu entièrement étranger à la mentalité moderne, et parce que l'homme est naturellement porté à se méfier de ce qu'il ne comprend pas. Le symbolisme est le moyen le mieux adapté à l'enseignement des vérités d'ordre supérieur, religieuses et métaphysiques, c'est-à-dire de tout ce que repousse néglige l'esprit moderne ; il est tout le contraire de ce qui convient au rationalisme, et tous ses adversaires se comportent, certains sans le savoir, en véritables rationalistes. Pour nous, nous pensons que, si le symbolisme est aujourd'hui incompris, c'est une raison de plus pour y insister, en exposant aussi complètement que possible la signification réelle des symboles traditionnels, en leur restituant toute leur portée intellectuelle, au lieu d'en faire simplement le thème de quelques exhortations sentimentales pour lesquelles, du reste, l'usage du symbolisme est chose fort inutile.

Cette réforme de la mentalité moderne, avec tout ce qu'elle implique : restauration de l'intellectualité vraie et de la tradition doctrinale, qui pour nous ne se séparent pas l'une de l'autre, c'est là, certes, une tâche considérable ; mais est-ce une raison pour ne pas l'entreprendre ? Il ns semble, au contraire, qu'une telle tâche constitue un des buts les plus hauts et les plus importants que l'on puisse proposer à l'activité d'une société comme celle du Rayonnement intellectuel du Sacré-Cœur, d'autant plus que tous les efforts accomplis en ce sens seront nécessairement orientés vers le Cœur du Verbe incarné, Soleil spirituel et Centre du Monde, « en lequel  sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la science », non de cette vaine science profane, mais de la véritable science sacrée, qui ouvre, à ceux qui l'étudient comme il convient, des horizons insoupçonnés et vraiment illimités.
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Balthar
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MessageSujet: Re: René Guénon   Mer 6 Fév - 18:40

Yama a écrit:
et n'oublions pas que l'étude (de la science sacrée j'entends) est une aussi une forme d'adoration.

"Cherche la connaissance du berceau jusqu'à la tombe"
"La quête du savoir est une obligation pour tout musulmans"
"Cherche le savoir, fût-ce qu'en Chine"

Effectivement, cet auteur est profond et intéressant à ce que j'en lis. Pas mal de points communs avec le savant dont je vous parle.

De grands mystiques pragmatiques cependant !
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MessageSujet: Re: René Guénon   

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René Guénon
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