Aux amoureux de l'Afghanistan.
 
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 Fragments

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Yama
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MessageSujet: Fragments   Mar 29 Jan - 20:26

"On dit qu'une grande partie de la jeunesse actuelle ne veut plus entendre parler ni de religion ni de philosophie, ni d'une doctrine quelconque ; qu'elle a le sentiment que tout cela est épuisé et compromis et qu'elle n'est sensible qu'à du « concret » et du « vécu », voire du « neuf ». La réponse à cette déformation mentale est simple : si le « concret » a de la valeur, il ne saurait s'accommoder d'une attitude fausse, - celle qui consiste à rejeter toute doctrine, - ni être tout à fait nouveau ; il y a toujours eu des religions et des doctrines, ce qui prouve que leur existence est dans la nature de l'homme ; depuis des millénaires, les meilleurs des hommes, que nous ne pouvons mépriser sans nous rendre méprisables, ont promulgué et répandu des doctrines et ont vécu selon elles, ou sont morts pour elles. Le mal n'est certes pas dans l'hypothétique vanité de toute doctrine, mais uniquement dans le fait que trop d'hommes, ou bien n'ont pas suivi – ou ne suivent pas – des doctrines vraies, ou bien au contraire ont suivi – ou suivent – des doctrines fausses ; que les cerveaux ont été exaspérés et les cœurs déçus par trop de théories inconsistantes et trompeuses ; qu'une erreur innombrable, bavarde et pernicieuse a jeté le discrédit sur la vérité, qui elle aussi s'énonce forcément par des mots et qui est toujours là, mais que nul ne regarde."
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Yama
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MessageSujet: Re: Fragments   Mar 29 Jan - 20:28

"L'islam, c'est la jonction entre Dieu comme tel et l'homme comme tel.
Dieu comme tel : c'est-à-dire envisagé, non en tant qu'il a pu se manifester de telle façon à telle époque, mais indépendamment de l'Histoire et en tant qu'il est ce qu'il est, donc en tant qu'il crée et qu'il révèle de par sa nature.
L'homme comme tel : c'est-à-dire envisagé, non en tant qu'il est déchu et qu'il a besoin d'un miracle salvateur, mais en tant qu'il est une créature déiforme douée d'une intelligence capable de concevoir l'Absolu, et d'une volonté capable de choisir ce qui y mène.

L'homme se présente donc a priori comme un double réceptacle fait pour l'Absolu ; l'Islam vient le remplir, d'abord avec la vérité de l'Absolu, et ensuite avec la loi de l'Absolu. L’Islam est donc essentiellement une vérité et une loi, - ou la Vérité et la Loi, - la première répondant à l'intelligence et la seconde à la volonté ; c'est ainsi qu'il entend abolir et l'incertitude et l'hésitation, et a fortiori l'erreur et le péché : erreur que l'Absolu n'est pas, ou qu'il est relatif ou qu'il y a deux Absolus, ou que le relatif est absolu ; le péché situe ces erreurs sur le plan de la volonté ou de l'action."


Dernière édition par Yama le Mar 29 Jan - 20:30, édité 1 fois
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Yama
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MessageSujet: Re: Fragments   Mar 29 Jan - 20:29

"Se sauver et amener d'autres à se sauver ; c'est là toute notre vocation. Il a été dit également que le bien tend par sa nature à se communiquer.
Pour le salut il faut tout d'abord deux choses : la Vérité et la foi. Savoir quelque chose, et croire à quelque chose ; c'est-à-dire : connaissance de la Vérité et union avec elle.
Et pour la foi également, il faut deux choses, et ceci concerne notre volonté : à savoir une activité et une abstention. Faire ce qui est conforme à la Vérité et ce qui fait vivre et approfondit la foi ; s'abstenir de ce qui est contraire à la Vérité et de ce qui nuit à la foi.
Pour pouvoir réaliser ceci à travers toute la vie, l'âme a besoin de deux vertus : la patience et la confiance. Supporter pour Dieu, et se réjouir en Dieu."
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Yama
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MessageSujet: Re: Fragments   Mar 29 Jan - 20:31

"Il y a deux moments dans la vie qui sont tout, et c'est le moment présent, où nous sommes libres de choisir ce que nous voulons être, et le moment de la mort, où nous n'avons plus aucun choix et où la décision est à Dieu.
Or, si le moment présent est bon, la mort sera bonne ; si nous sommes maintenant avec Dieu, - dans ce présent qui se renouvelle sans cesse mais qui reste toujours ce seul moment actuel, - Dieu sera avec nous au moment de la mort.
Le souvenir de Dieu est une mort dans la vie ; il sera une vie dans la mort.
D'une manière analogue : si nous entrons en Dieu, Dieu entrera en nous.
Si nous habitons ce centre qu'est son Nom, Dieu habitera ce centre qu'est notre cœur. Dans toute l'étendue du monde, il n'y a rien d'autre que cette réciprocité ; car le centre est partout, comme le présent est toujours."
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Yama
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MessageSujet: Re: Fragments   Dim 3 Fév - 10:11

"La civilisation occidentale moderne a, entre autres prétentions, celle d'être éminemment « scientifique » ; il serait bon de préciser un peu comment on entend ce mot, mais c'est ce qu'on ne fait pas d'ordinaire, car il est du nombre de ceux auxquels nos contemporains semblent attacher une sorte de pouvoir mystérieux, indépendamment de leur sens. La « Science », avec une majuscule, comme le « Progrès » et la « Civilisation », comme le « Droit », la « Justice » et la « Liberté », est encore une de ces entités qu'il vaut mieux ne pas chercher à définir, et qui risquent de perdre tout leur prestige dès qu'on les examine d'un peu trop près. Toutes les soi-disant « conquêtes » dont le monde moderne est si fier se réduisent ainsi à de grands mots derrière lesquels il n'y a rien ou pas grand'chose : suggestion collective, avons-nous dit, illusion qui, pour être partagée par tant d'individus et pour se maintenir comme elle le fait, ne saurait être spontanée ; peut-être essaierons-nous quelque jour d'éclaircir un peu ce côté de la question. Mais, pour le moment, ce n'est pas de cela principalement qu'il s'agit ; nous constatons seulement que l'Occident actuel croit aux idées que nous venons de dire, si tant est que l'on puisse appeler cela des idées, de quelque façon que cette croyance lui soit venue. Ce ne sont pas vraiment des idées, car beaucoup de ceux qui prononcent ces mots avec le plus de conviction n'ont dans la pensée rien de bien net qui y corresponde ; au fond, il n'y a là, dans la plupart des cas, que l'expression, on pourrait même dire la personnification, d'aspirations sentimentales plus ou moins vagues. Ce sont de véritables idoles, les divinités d'une sorte de « religion laïque » qui n'est pas nettement définie, sans doute, et qui ne peut pas l'être, mais qui n'en a pas moins une existence très réelle : ce n'est pas de la religion au sens propre du mot, mais c'est ce qui prétend s'y substituer, et qui mériterait mieux d'être appelé « contre-religion ». La première origine de cet état de choses remonte au début même de l'époque moderne, où l'esprit antitraditinnel se manifestera immédiatement par la proclamation du « libre examen », c'est-à-dire de l'absence, dans l'ordre doctrinal, de tout principe supérieur aux opinions individuelles. L'anarchie intellectuelle devait fatalement en résulter : de là la multiplicité indéfinie des sectes religieuses et pseudo-religieuses, des systèmes philosophiques visant avant tout à l'originalité, des théories scientifiques aussi éphémères que prétentieuses ; invraisemblable chaos que domine pourtant une certaine unité, puisqu'il existe bien un esprit spécifiquement moderne dont tout cela procède, mais une unité toute négative en somme, puisque c'est proprement une absence de principe, se traduisant par cette indifférence à l'égard de la vérité et de l'erreur qui a reçu, depuis le XVIIIe siècle, le nom de « tolérance ». Qu'on nous comprenne bien : nous n'entendons point blâmer la tolérance pratique, qui s'exerce envers les individus, mais seulement la tolérance théorique, qui prétend s'exercer envers les idées et leur reconnaître à toutes les mêmes droits, ce qui devrait logiquement impliquer un scepticisme radical ; et d'ailleurs nous ne pouvons nous empêcher de constater que, comme tous les propagandistes, les apôtres de la tolérance sont très souvent, en fait, les plus intolérants des hommes. Il s'est produit, en effet, cette chose qui est d'une ironie singulière : ceux qui ont voulu renverser tous les dogmes ont créé à leur usage, nous ne dirons pas un dogme nouveau, mais une caricature de dogme, qu'ils sont parvenus à imposer à la généralité du monde occidental ; ainsi se sont établies, sous prétexte d' « affranchissement de la pensée », les croyances les plus chimériques qu'on ait jamais vues en aucun temps, sous la forme de ces diverses idoles dont nous énumérions tout à l'heure quelques-unes des principales."

R. Guénon, Orient et Occident, p.41-43
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Yama
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MessageSujet: Re: Fragments   Mer 6 Fév - 11:51

« Le problème épineux des saints illogismes nous amène à insérer ici, en toute justice, les remarques suivantes : quelle que puisse être la rançon d'impulsivité et parfois d'irréflexion de l'idéalisme arabe, on doit constater que le Musulman ne perd jamais le contact avec les tendances fondamentales de la religion, du moins aussi longtemps qu'il est croyant ; et on ne peut s'empêcher de constater également que l'Occidental religieux, au contraire, perd en pratique volontiers de vue les tendances fondamentales de sa foi, c'est-à-dire qu'il se retranche derrière les alternatives simples de la morale et des exigences de la pratique religieuse tout en trahissant, en sa qualité de « civilisé », les tendances mêmes qui sont à la base et de ces alternatives et de cette pratique. La machine est une bonne chose, pourvu qu'on aime Dieu ; la république est un bien, pourvu qu'elle favorise la religion ; que la machine tue de facto l'amour de Dieu, et que la république étouffe de facto la religion, ne semble pas effleurer l'esprit de l'immense majorité des croyants. Si on est finalement obligé de constater ces effets néfastes, on accusera d'abord la nature humaine et ensuite quelque déchéance imaginaire de la religion ; on n'accusera jamais les causes réelles, considérées a priori comme neutres parce que situées en dehors des alternatives morales simplistes et des règles de pratiques auxquelles on a réduit la religion, et en dehors aussi de la pure théologie. Et comme le monde de la machine - « chrétien » selon certains puisque la machine ne commet point d'adultère et puisque toute chose efficace doit provenir du Christianisme - , comme ce monde s'impose partout pour des raisons matérielles irréversibles, il favorise partout sur le globe terrestre l'élément mondain et la mondanité technocratique, laquelle est de toute évidence l'antipode de tout amour de Dieu. »
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MessageSujet: Re: Fragments   Dim 17 Fév - 14:23

« Aimer Dieu n'est pas cultiver un sentiment – c'est-à-dire quelque chose dont nous jouissons sans savoir si Dieu en jouit – mais éliminer de l'âme ce qui empêche Dieu d'y entrer ; ou encore, c'est réaliser en nous ce qui, en vertu des correspondances analogiques, est conforme à la Présence divine. Aimer le prochain – et il faut l'aimer en fonction de notre de Dieu et en vertu de l'amour de Dieu pour nous – c'est se placer dans l'autre, abolir la distinction illusoire entre « moi » et « toi », comme l'amour de Dieu est au font l'abolition de la séparation qui « nous » éloigne de « Lui ». L'amour du prochain opère indirectement la Présence divine en nous : quand l'homme se place dans le prochain, Dieu se place dans l'homme ; abolir ce qui nous sépare du prochain, c'est abolir ce qui nous sépare de Dieu. »
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MessageSujet: Re: Fragments   Dim 24 Fév - 19:53

"Dans les anciens temps, si décriés à notre époque, on acceptait en fin de compte comme une fatalité inéluctable les rigueurs de l'existence terrestre, y compris la mauvaiseté des hommes, et on croyait d'ailleurs à bon droit qu'il est impossible en fait de les abolir ; au milieu des épreuves de la vie, on n'oubliait pas celles de l'au-delà, et on admettait en outre que l'homme a besoin ici-bas de la souffrance comme du plaisir et qu'une collectivité ne peut se maintenir dans la crainte de Dieu et dans la piété au seul contact des agréments; c'est ce que pensaient les élites dans toutes les couches de la société. Les misères, dont la cause profonde est toujours la violation d'une norme céleste et aussi de l'indifférence à l'égard du Ciel et de nos fins dernières, sont là pour freiner les illusions avides des hommes, un peu comme les carnassiers sont là pour empêcher que les herbivores dégénèrent ou se multiplient trop, tout cela en vertu de l'équilibre universel et de l'homogénéité du monde; en avoir conscience fait partie de la crainte de Dieu. A la lumière de cette sagesse élémentaire, un progrès conditionné par l'indifférence spirituelle et l'idolâtrie du bien-être pris pour une fin en soi, ne saurait constituer un avantage réel, c'est-à-dire proportionné à notre nature totale et à notre noyau immortel; cela est trop évident, mais on n'en va pas moins jusqu'à prétendre, dans les milieux les plus "croyants", que le progrès technique est un bien incontestable, qu'il est donc une bénédiction du point de vue même de la foi. En réalité, la civilisation moderne donne pour prendre ; elle donne le monde, mais enlève Dieu ; et c'est ce qui compromet même son don du monde."
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le Fils de l homme
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MessageSujet: Re: Fragments   Dim 24 Fév - 20:52

Bien pensé ! Bien dit !
Ce qu' il faut retenir , c' est que c' est Dieu qui a créé cette situation pour montrer sa gloire !
Si satan travaille pour mentir et égarer le monde, les vrais disciples de Dieu ne sont point ébranlé par le prince de ce monde ! En ce moment satan éprouve les serviteur de Dieu en les opprimant : l' or est éprouvé au feu et les vrais disciples de Dieu sont éprouvés dans la fournaise de l' humiliation.
Le monde de satan arrive à son terme et c' est le Vrai Messie qui vous écrit ces lignes pour vous dire que : Vous verrez de nouveau la différence entre le juste et le méchant, entre celui qui sert Dieu et celui qui ne le sert pas. Malachie 3-18
Adorez Dieu et gardez vous des idoles !
le Fils de l homme
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Yama
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MessageSujet: L'homme dans l'univers   Mar 26 Fév - 20:31

« La science moderne, qui est rationaliste quant au sujet et matérialiste quant à l'objet, peut nous situer physiquement, et d'une façon approximative, mais elle ne peut rien dire sur notre situation extra-spatiale dans l'Univers total et réel. Les astronomes savent à peu près où nous nous trouvons dans l'espace, à quel « endroit » relatif, dans quel bras périphérique de la Voie Lactée, et ils savent peut-être où celle-ci se situe parmi les autres poussières d'étoiles ; mais ils ignorent où nous sommes dans l' « espace » existentiel : à savoir dans un état de durcissement et au centre ou au sommet de celui-ci, et en même temps au bord d'une immense « rotation », laquelle n'est que le courant des formes, l'écoulement « samsârique » des phénomènes, le panta rhei d'Héraclite. La science profane, en voulant percer à fond le mystère des contenants – l'espace, le temps, la matière, l'énergie – oublie celui des contenus : elle veut expliquer les propriétés quintessentielles de notre corps et le fonctionnement intime de notre âme, mais elle ignore ce qu'est l'intelligence et l'existence ; et par conséquent, elle ne peut pas ne pas ignorer – vu ses principes – ce qu'est l'homme.

Quand nous regardons autour de nous, que voyons-nous ? Premièrement, de l'existence ; deuxièmement, des différences ; troisièmement, des mouvements, des modifications, des transformations ; quatrièmement, des disparitions. Tout ceci manifeste un état de la Substance universelle : c'est à la fois une cristallisation et une rotation, une pesanteur et une dispersion, une solidification et une segmentation. De même que l'eau est dans la glace, et le mouvement du moyeu dans la jante, de même Dieu est dans les phénomènes ; il est accessible en eux et à partir d'eux ; c'est tout le mystère du symbolisme et de l'immanence. Dieu est « l'Extérieur » et « l'Intérieur », le « Premier » et le « Dernier » (1).

Dieu est la plus aveuglante des évidences. Toute chose a un centre ; donc l'ensemble des choses – le monde – possède également un centre. Nous sommes sur la périphérie de « quelque chose d'absolu », et ce « quelque chose » ne peut pas être moins puissant, moins conscient, moins intelligent que nous. Les hommes croient avoir de la « terre ferme » sous les pieds et posséder une puissance véritable ; ils se croient parfaitement « chez eux » sur terre et s'attribuent beaucoup d'importance, alors qu'ils ne savent ni d'où ils viennent ni où ils vont et qu'ils sont tirés à travers la vie comme par une corde invisible.

Toutes les choses sont limités. Or qui dit limitation, dit effet, et qui dit effet, dit cause ; c'est ainsi que toutes les choses, par leur limitation autant que par leurs contenus, prouvent Dieu, Cause première et partant illimitée.

Ou encore : qu'est-ce qui prouve extrinsèquement l'Absolu ? Premièrement le relatif, puisqu'il n'a de sens que par l'absoluité qu'il restreint, et deuxièmement le « relativement absolu », c'est-à-dire le reflet de l'Absolu dans le relatif. La question des preuves intrinsèques ou directes de l'Absolu n'a pas à se poser, l'évidence étant l'Intellect même et par conséquent dans tout notre être, si bient que les preuves indirectes ne sauraient jouer qu'un rôle de supports ou de causes occasionnelles ; dans l'Intellect, le sujet et l'objet se confondent ou s'interpénètrent d'une certaine manière. La certitude existe pratiquement, sans quoi le moi n'existerait pas ; il n'y a donc aucune raison de la nier sur le plan de l'intellection pure et de l'universel (2).

***

L'ego, c'est à la fois un système d'images et un cycle ; c'est quelque chose comme un musée, et une promenade unique et irréversible à travers ce musée. L'ego est un tissu mouvant fait d'images et de tendances ; celles-ci viennent de notre propre substance, et celles-là nous sont fournies par l'ambiance. Nous mettons nous-mêmes dans les choses, et nous plaçons les choses en nous-mêmes, alors que notre être véritable en est indépendant.

À côté de ce systèmes d'images et de tendances qu'est notre ego, il y a des myriades d'autres systèmes d'images et de tendances. Il y en a qui sont pires ou moins beaux que le nôtre et il y en a qui sont meilleurs ou plus beaux.

Nous sommes comme l'écume sans cesse renouvelée sur l'océan de l'Existence. Mais comme Dieu s'est mis dans cette écume, elle est destinée à devenir une mer d'étoiles, lors de la cristallisation finale des esprits. L'infime système d'images doit devenir, au delà des contingences terrestre, une étoile immortalisée dans le halo de la Divinité. Cette étoile peut se concevoir à divers degrés ; les Noms Divins en sont les archétypes ; au-delà des étoiles rayonne le Soleil du Soi, dans sa transcendance fulgurante et dans son infinie paix.

L'homme ne choisit pas ; il suit sa nature et sa vocation, et c'est Dieu qui choisit.
***

Un homme tombé dans un bourbier et sachant qu'il peut en sortir de telle ou telle manière et avec quelque effort, ne songera pas à se révolter contre les lois naturelles ni à maudire l'existence ; il trouve évident qu'il puisse y avoir de la boue et qu'il y ait de la pesanteur, et ne pense qu'à sortir du bourbier. Or, nous sommes dans le bourbier de l'existence terrestre et nous savons que nous pouvons lui échapper, quelles que puissent être nos épreuves : la Révélation nous l'assure et l'Intellect peut s'en rendre compte a posteriori. Il est donc absurde de nier Dieu et d'injurier le monde pour la seule raison que l'existence présente des fissures qu'elle ne peut pas ne pas présenter, sous peine de ne pas exister et de ne pas pouvoir « existencier ».

Nous nous trouvons comme sous une couche de glace que ni nos cinq sens ni notre raison ne permettent de percer, mais que l'Intellect – à la fois miroir du suprasensible et rayon surnaturel de lumière – traverse sans peine dès que la Révélation lui a permis de prendre conscience de sa propre nature ; la croyance religieuse également traverse cette carapace cosmique, d'une façon moins directe et plus affective sans doute, mais néanmoins intuitive dans bien des cas ; la divine Miséricorde, qui est comprise dans la Réalité universelle, et qui en prouve le caractère foncièrement « bénéfique » (3), veut du reste que la Révélation intervienne là où est cette couche de glace ou cette écorce, si bien que nous ne sommes jamais totalement enfermés, si ce n'est dans notre refus de la Miséricorde. Prenant la glace qui nous emprisonne pour la Réalité, nous n'admettons pas ce qu'elle exclut et n'éprouvons aucun désir de délivrance ; nous voulons obliger la glace à être le bonheur. Dans l'ordre des lois physiques, nul ne songe à refuser la Miséricorde qui réside indirectement dans la nature des choses : nul homme qui est près de se noyer ne refuse la perche qui lui est tendue ; mais trop d'hommes refusent la Miséricorde dans l'ordre total, parce qu'elle dépasse le cadre étroit de leur expérience journalière et les bornes non moins étroites de leur entendement. L'homme ne veut en général se sauver qu'à condition de ne pas devoir se dépasser.

Le fait que nous sommes emprisonnés dans nos cinq sens comporte du reste également un aspect de Miséricorde, aussi paradoxal que cela puisse sembler après ce qui vient d'être dit. Si nos sens étaient multiples – et il n'y a là théoriquement aucune limite de principe – la réalité objective nous traverserait comme un ouragan ; elle nous écartèlerait et nous écraserait à la fois. Notre « espace vital » serait transparent, nous serions comme suspendus au-dessus d'un abîme ou comme précipités à travers un macrocosme incommensurable, aux entrailles visibles, si l'on peut dire, et rempli d'épouvante ; au lieu de vivre dans une parcelle maternelle et charitablement opaque et étanche de l'univers – car le monde est une matrice et la mort est une cruelle naissance –, nous nous trouverions sans cesse en face d'une totalité d'espaces ou d'abîmes – et en face de myriade de créatures et de phénomènes – dont aucun être individuel ne saurait supporter la perception. L'homme est fait pour l'Absolu ou l'Infini, non pour le contingent indéfini.

L'homme, avons-nous dit, est comme enseveli sous une couche de glace. Il s'y trouve de diverses manière, une fois sous cette glace cosmique qu'est la matière en sa consistance actuelle et post-édénique, et une autre fois sous la glace de l'ignorance.

La Bonté est dans la substance même de l'Univers, et elle perce, par conséquent, jusque dans notre matière pourtant « maudite » ; les fruits de la terre et la pluie du ciel qui nous permettent de vivre ne sont autre chose que des manifestations de la Bonté qui perce partout et qui réchauffe le monde, et que nous portons en nous-mêmes, au fond de nos cœurs refroidis. »

(1) Noms divins koraniques : Ezh-Zhâhir et El-Bâtin, El Awwal et El-Akhir.
(2)La philosophie moderne, c'est la liquéfaction des évidences, donc de l'intelligence au fond ; ce n'est plus une sophia à aucun degré, mais bien plutôt une « misosophie ».
(3) Bien que la nature divine soit au-delà des déterminations morales.
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le Fils de l homme
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MessageSujet: Re: Fragments   Jeu 28 Fév - 20:47

Formidable !
Une seule chose que je vais rajouter : Tant que Dieu n' enlève pas la voile qui empêche l' homme de voir la Vérité, l' homme sera dans les ténèbres !
L' homme a beau analyser, théoriser, découvrir, approcher , il lui restera l' essentiel : c' est se connaitre !
Aimez vous les uns les autres comme Dieu vous aime !
Aimez la vérité car Dieu est Vérité !
le Fils de l homme
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