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 Épistémologie islamique

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Yama
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MessageSujet: Épistémologie islamique    Jeu 10 Aoû - 15:15

Épistémologie islamique

Imam Al-Ghazâli, Les Merveilles du coeur ('ajâ'ib al-Qalb), p.39-44

« Le cœur et la science

Sache que le siège du savoir est le cœur, c'est-à-dire cette réalité subtile qui gère l'ensemble des membres, et que tous les organes servent de manière dévouée. Son rapport aux vérités profondes des connaissances qu'il reçoit est comme le rapport entre un miroir et les images colorées des choses. De même que celles-ci ont une forme dont le reflet visible se projette sur le miroir, tout objet de connaissance possède une réalité dont l'image se projette sur le miroir du cœur et s'y reflète. Puisque le miroir, l'image des objets, et leur reflet sont trois réalités distinctes, il faut également distinguer entre le cœur, les vérités elles-mêmes, ainsi que le reflet et la présence de ces vérités dans le cœur.

Le sujet savant correspond au cœur où se dépose l'image des vérités relatives aux choses, les connaissances correspondent à ces vérités, et le savoir est comme le reflet dans le miroir. On peut dire, par exemple, que la notion de saisie nécessité une main qui empoigne, un objet empoigné, tel qu'un sabre, ainsi qu'un lien entre le sabre et la main, la tenue du sabre dans la main créant la notion de saisie. Ainsi le reflet des choses connues dans le cœur est-il appelé savoir : la réalité de cette chose connue existait déjà, ainsi que le cœur, mais le savoir n'était pas encore actualisé, car le savoir n'est autre que l'apparition de cette réalité dans le cœur. Tout comme le sabre et la main existaient déjà sans que l'on puisse encore parler de saisie, dans la mesure où le sabre n'était pas encore dans la main.

Si la saisie est l'expression du fait que le sabre se trouve bel et bien dans la main, il faut préciser que la réalité connue, quant à elle, ne peut être réellement contenue dans le cœur : le fait que quelqu'un connaisse le feu ne signifie pas que celui-ci est entré dans son cœur. Ce qui trouve place dans le cœur n'est donc que la représentation et l'appréhension d'une réalité conforme à son image conceptuelle. C'est pourquoi le symbole du miroir que nous avons utilisé pour décrire le cœur est des plus pertinents. L'homme vu dans le miroir ne s' trouve pas, c'est une image semblable à lui qui s'y dessine. De la même manière, l'image correspondant à la vérité connue dans le cœur est appelée « science », « savoir », « connaissance. »

D'autre part, le miroir peut ne pas révéler l'image pour cinq raisons :

Premièrement, parce qu'il est déformé, tel un fer brut, non travaillé et poli.
Deuxièmement, parce qu'il courbé, rouillé ou sale, même s'il a été bien façonné.
Troisièmement, parce qu'il n'est pas orienté de manière à pouvoir refléter l'image, si, par exemple, l'image est située derrière le miroir.
Quatrièmement, parce qu'on voile s'interpose entre le miroir et l'image.
Cinquièmement, parce qu'on ne sait pas dans quelle direction se trouve l'image souhaité, au point de ne pas pouvoir l'orienter dans sa direction.

Il en va de même pour le cœur, qui est un miroir prédisposé à laisser paraître les vérités de la Réalité divine concernant toute chose, mais qui risque d'être privé de la connaissance pour les cinq mêmes raisons.

Premièrement, en raison d'une déficience en lui-même, comme le cœur du jeune enfant où les connaissances ne se manifestent pas encore, du fait de son insuffisance propre.

Deuxièmement, en raison des altérations et des souillures qui s'accumulent à la surface du cœur, du fait des péchés et des trop nombreux désirs qui nuisent à la pureté et à la netteté du cœur, et empêchent la vérité de s'y manifester tant que le cœur est sombre et encombré. C'est ce qu'indique la parole du Prophète : « Quiconque commet une faute, laisse échapper la compréhension d'une chose, et ne la retrouvera plus. » En effet, s'imprime dans le cœur une [tache] qui ne saurait s'effacer qu'en accomplissant par la suite une bonne action. S'il avait accompli une bonne action qui n'était pas précédée d'une mauvaise, la lumière de son cœur en aurait été accrue, mais comme le péché a précédé, le bénéfice de son action louable est perdu, et son cœur est seulement rendu à l'état dans lequel il était avant la faute, sans ajout de lumière. C'est, à l'évidence, une perte et un manque irrécupérable. Car le miroir oxydé que l'on frotte avec un polissoir ne ressemble pas au miroir lustré par ce même polissoir sans avoir été oxydé préalablement. On comprend donc que c'est la volonté d'obéir à Dieu, et de renoncer à ce que dictent les passions, qui polit et purifie le cœur. Dieu dit « Nous conduirons sur Nos voies ceux qui luttent pour Notre cause » (Coran, 29 : 69), et l'envoyé de Dieu dit : « A quiconque œuvre conformément à ce qu'il sait, Dieu dispensera des sciences nouvelles. »

Troisièmement, le cœur peut être privé de la connaissance s'il n'est pas convenablement orienté dans le sens de la vérité à laquelle il aspire. Dans ce cas, le cœur de l'homme obéissant et vertueux, même s'il est pur, ne laisse pas se manifester l'évidente vérité, car il ne cherche pas la vérité dans le bon sens, son miroir intérieur n'étant pas orienté en direction de l'objet de sa quête. Il arrive en effet qu'il soit préoccupé par le détail gestuel de ses actes d'adoration, ou par le moyen de subvenir à ses besoins, ce qui détourne sa pensée de la méditation sur la Présence seigneuriale et les vérités divines cachées. Dans ces conditions, seuls se manifestent à lui les méfaits subtils de ses actions ou les tares cachées de son âme, s'il y pense, ou encore les intérêts qu'il défend pour sa subsistance, s'il s'en inquiète. Si le fait que les actions et le détail des adorations qui accaparent l'attention d'un individu empêche la manifestation de l'évidente vérité, que dire alors d'un individu dont la seule préoccupation est de satisfaire ses désirs mondains, ses plaisirs et autres choses de ce genre ? Comment ne serait-il pas privé du dévoilement véritable ?

La quatrième raison pouvant causer la privation de la connaissance est le voile qui recouvre le cœur. Car la personne dévote, maîtresse de ses désirs et concentrée sur une vérité quelconque, peut ne pas la voir se manifester en lui. Cette possibilité s'explique par le fait qu'elle est voilée à cette vérité par une idée reçue qui lui vient de l'enfance, et qu'il entretient par mimétisme en raison de la bienveillante candeur avec laquelle elle préjuge de son bien-fondé. Cette idée reçue fait obstacle à la vérité, et empêche que se révèle en son cœur le contraire de la conviction dont elle avait hérité sur le sujet. Il s'agit là aussi d'un voile terrible qui affecte la plupart des théologiens et des partisans zélés des écoles juridiques, voire la plupart des hommes vertueux méditant sur le royaume des cieux et de la terre. Ceux-là sont voilés par les convictions conventionnelles qui sont cristallisées en leurs âmes et enracinées dans leur cœur, s'interposant ainsi pour empêcher la compréhension des vérités.

Cinquième et dernière raison : l'ignorance de la direction dans laquelle il convient de se tourner pour trouver l'objet souhaité. Car qui s'enquiert de vérité ne peut prendre connaissance de ce qu'il ignore qu'en se remémorant les sciences qui conviennent à l'examen de sa question. S'il se les remémore et les met en ordre en lui-même selon cette méthode que les savants appellent les « modes spéculatifs », il saura où chercher, et la vérité dont il s'enquiert apparaîtra alors à son cœur. En effet, les sciences qui ne sont pas instructives ne peuvent faire l'objet de recherches que par le biais du réseau des sciences déjà acquises. Je dirais même que toute connaissance ne peut être acquise que par l'acquisition préalable de deux connaissances qui s'associent et se mêlent d'une manière particulière. De l'union de ces deux connaissances naît une troisième connaissance, à l'image du poulain qui naît de l'accouplement d'un étalon et d'une jument. Ainsi celui qui veut que cette jument engendre un poulain cendré ne saurait y parvenir à partir d'un âne, d'un chameau ou d'un humain. Il ne [peut] obtenir ce résultat qu'à partir d'une race particulière de cheval à laquelle appartiennent le mâle et la femelle. Ainsi, toute connaissance a-t-elle deux origines spécifiques avec une manière particulière de les unir. De cette façon procède la connaissance utile et souhaitable. »



Coeur :
"Dans sa seconde acception, le mot « cœur » désigne une réalité subtile, divine et spirituelle, qui au demeurant est liée à ce premier cœur physique. Cette réalité subtile n'est autre que la réalité essentielle de l'être humain : elle est ce qui en lui appréhende, connaît et sait ; et ce qui en lui exprime, réagit, se plaint et demande." Ibidem, p. 12

"Il est à peine besoin de rappeler que le « cœur », pris symboliquement pour représenter le centre de l’individualité humaine envisagée dans son intégralité, est toujours mis en correspondance, par toutes les traditions, avec l’intellect pur, ce qui n’a absolument aucun rapport avec la « sentimentalité » que lui attribuent les conceptions profanes des modernes." R. Guénon, Aperçu sur l'initiation, p. 213

"Ce centre vital est considéré comme correspondant analogiquement au plus petit ventricule (guhâ) du cœur (hridaya), mais ne doit cependant pas être confondu avec le cœur au sens ordinaire de ce mot, nous voulons dire avec l’organe physiologique qui porte ce nom, car il est en réalité le centre, non pas seulement de l’individualité corporelle, mais de l’individualité intégrale, susceptible d’une extension indéfinie dans son domaine (qui n’est d’ailleurs qu’un degré de l’Existence), et dont la modalité corporelle ne constitue qu’une portion, et même une portion très restreinte, ainsi que nous l’avons déjà dit. Le cœur est considéré comme le centre de la vie, et il l’est en effet, au point de vue physiologique, par rapport à la circulation du sang, auquel la vitalité même est essentiellement liée d’une façon toute particulière, ainsi que toutes les traditions s’accordent à le reconnaître ; mais il est en outre considéré comme tel, dans un ordre supérieur, et symboliquement en quelque sorte, par rapport à l’Intelligence universelle (au sens du terme arabe El-Aqlu) dans ses relations avec l’individu." R. Guénon, L’Homme et son Devenir selon le Vêdânta, p. 48-49
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