Aux amoureux de l'Afghanistan.
 
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 Dialogue oiseux

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Yama
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Masculin Nombre de messages : 488
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Date d'inscription : 09/10/2012

MessageSujet: Dialogue oiseux   Lun 14 Mai - 15:02

Fornication, création, adoration

― Voilà un titre bien indécent ! Que t'a...
― Insolent jeune homme ! Oses-tu  juger les mots avant même d'avoir saisi ce qu'ils cherchent à faire passer ?
― Sans doute quelque délire ; avec un titre pareil, je ne peux espérer quoique ce soit de sérieux !
― Ah, parce que tu espérais quelque chose ? Je t'ai cru seulement insolent, mais je crains que tu ne sois en plus un peu...
― Bon, arrêtons le vain échange ; oserais-tu expliquer ce que tu entends par ces mots.
― A condition que tu sois droit.
― C'est-à-dire ?
― Que tu sois ici et maintenant ; c'est l'un des sens de la « droiture », et cette droiture, cette verticalité sereine te permettra assurément d'être en lien avec l'Instant et t'empêchera par conséquent de délirer mentalement pendant que nous délirons ensemble verbalement. C'est en sens que l'un de mes  maîtres disait : « Efforce-toi d'être toujours droit et rien de tortueux ne te tordra. »
― Pendant que « nous délirons » ?
― Certes... Je t'avoue que la raison, que je connus jadis, me déçut tellement que je finis par y renoncer tout à fait et...
― Ah bon ? Pourrais-tu m'en dire davantage ?
― C'est une autre question, revenons à notre propos.
― Soit... Je suis déçu aussi... Mais je t'écoute.
― Écoute seulement.
― Pardon ? J'ai dit que j'y étais disposé oui, donc...
― Non... ce n'est pas « moi » que tu dois « écouter », mais ce que la présente situation pourrait avoir à nous dire. Les mots ne sont...que de mots ; chaque situation, au-delà du propos, du contexte, des personnes, produit une certaine « atmosphère », une certaine « influence », si tu préfères, et ce qui compte, c'est de saisir cette influence plutôt que les mots.
― Comment ?
― En étant ici et maintenant... en étant « droit », c'est-à-dire aligné, ou non dispersé dans tes pensées.
― D'accord...je me concentre. Pourquoi donc ces histoires de fornication ?
― Tu n'as retenu que le premier terme du triptyque...
― Oui, pardon... mais c'est surtout ce mot qui m'a frappé
― Je le sais bien, et s'il t'a frappé, c'est que toi et d'autres procédez à une certaine identification fâcheuse entre une certaine essence et une certaine forme.
― Que veux-tu dire ?
― Rien, ce n'est pas important. J'en reviens donc à ce titre « indécent »... Imagine que je te donne un billet, que pourrais-tu en faire ?
― Un billet ? Mais c'est quoi le rapport entre l'argent et...
― Et la congression ?
― Con...quoi ?
― Congression : le fait d'aller ensemble ; sieur Montaigne l'employait pour désigner l'acte charnel.
― Ah...oui, donc quel rapport entre l'argent et la congression ?
― Donne-toi la peine de me répondre, nous sommes en train d'exprimer ce rapport ; que pourrais-tu donc en faire ?
― Ben...je ne sais pas... le garder tout simplement ?
― Sans me remercier ? Soit. Quoi d'autre ?
― Mais...je n'en sais rien... Je... Je pourrais m'acheter quelque chose, selon la somme que tu me donnerais.
― En effet, c'est une autre possibilité. Pourrais-tu l'employer à quelque autre fin ?
― Je... Non, je...ne vois pas...
― Écoute bien ; n'entends-tu vraiment rien d'autre ?
― Je crains que non... Je... Ah si, j'ai encore une possibilité !
― Ah, excellent ! Qu'est-ce donc ?
― Je pourrais le donner à quelqu'un qui en a besoin, avec le même détachement que toi tu me l'aurais donné.
― Exactement ! Quelles pourraient être, selon toi, les conséquences de ton acte ?
― Je...je suppose que le bénéficiaire serait heureux de recevoir l'argent, et il pourrait l'employer à sa guise en remerciant la Providence.
― C'est aussi ce que je pense. En d'autres termes donc, tu pourrais soit garder l'argent pour toi, soit l'utiliser pour t'acheter quelque chose soit le donner à quelqu'un dans le besoin.
― Oui, c'est bien ce que nous avons dit. Mais je ne vois toujours pas le lien entre ce que nous venons de dire et la con... et le triptyque.
― Il est pourtant évident.
― Pour toi seulement ; quel est-il je te prie ?
― De même que tu recevrais de l'argent de ma part, de même reçoit-on tous diverses énergies dont l'une est qualifiée à tort de « sexuelle ». Le triptyque en question exprime les trois manières dont cette énergie pourrait être employée, ainsi que les trois finalités de cet usage.
― Je vois...mais je crains que tu ne doives parler plus explicitement, parce que...
― Le premier terme correspond à un gaspillage, pourrait-on dire ; dans la mesure où tu reçois l'énergie mais la dépenses dans l'inconscience et dans l'unique but d'assouvir des pulsions. Ici, ce qui prévaut, c'est exclusivement la satisfaction d'un besoin et la recherche du plaisir indépendamment, en fin de compte, du contexte, de l'Instant, et même de la personne qui se prête à ton désir. Autrement dit, tu reçois et, pour le dire ainsi, tu « gardes » pour toi.
― Tu veux dire que... c'est une certaine égoïste façon d'employer ladite énergie ?
― Exactement ; et elle n'est pas seulement égoïste, mais aussi bestiale, mesquine et même nuisible si l'on pousse la réflexion jusqu'au bout.
― Égoïste et bestiale...d'accord, mais pourquoi « nuisible » ?
― C'est une autre question, et comme sa réponse nous entraînerait dans les profondeurs métaphysiques, il est préférable que l'on s'arrête là. Cependant, tu peux méditer, à ce propos, sur ceci : En nourrissant l’ego, peut-on faire quelque chose de réellement salutaire pour soi ?
― D'accord...je vois...mais...
― Silence, importun ! Le deuxième terme, « création », renvoie à une pratique consciente, se plaçant dans un certain cadre à visant à « créer » dignement jouissances ou descendances, ou les deux. A ce stade, l'exergie est employée déjà dans un autre état d'esprit, dans un autre cadre et vise autre chose que le simple assouvissement d'une pulsion de manière égoïste, bestiale et nuisible, comme on le disait tout à l'heure. Elle peut être donc plus intéressante.
― D'accord... Mais l'ego est toujours là, n'est-ce pas ?
― Assurément, mais il est maîtrisé bien plus qu'il ne maîtrise, et dans ce cadre, l'autre a une place importante, ce qui affaiblit de fait la dimension égoïste. Dans le premier terme, la finalité était, pour ainsi dire, l'ego et dans l'ego ; dans le deuxième, elle est hors de l'ego ou du moins pas totalement en lui ; cela ennoblit considérablement la « dépense ».
― D'accord... Je comprends plus ou moins ; et qu'en est-il du troisième terme, « adoration » ? J'avoue que là... je ne vois pas vraiment en quoi...
― Congression peut être adoration ?
― Voilà !
― C'est pourtant le cas, elle peut être adoration et le devrait même. L'on aborde là la dimension sacrée de la sexualité et l'on ne pourra pas dire tout ce qu'il faudrait, parce que, là encore, l'on devrait...
― Nous noyer dans les « profondeurs métaphysiques » ?
― En effet.
― Je vois... c'est dommage...
― Sois sage, prends ce que l'Instant t'offre et ne cherche pas « autre chose » ; une telle quête, quel que soit le propos, crée un déchirement dont la conséquence ne peut être que souffrance.
― Déchirement ? Qu'entends-tu ?
― Dès que tu cherches « autre chose » que ce que l'Instant d'offre, tu te coupes de fait de l'Instant lui-même ; en d'autres termes, tu te coupes de toi-même, puisque tu es et ne peux être qu'ICI et MAINTENANT. Que tu te perdes dans le passé, dans l'avenir ou dans les divagations mentales, tu te places toi-même immanquablement dans un état de mort, puisque l'être, c'est le Présent. Restons-y donc bien ancrés !
― Soit, quel rapport donc entre copulation et adoration ?
― Lorsque l'on pose une question, il faut que les termes qui la formulent soient bien compris ; peux-tu donc me rappeler ce que veut dire « adoration » ?
― Ah là là... tu me s...
― Saoule ? J'en suis ravi ! Cette ivresse est intéressante !
― Tu te fiches moi...
― Oui, je l'avoue, mais de bon cœur ! Rappelle-moi le sens du mot s'il te plaît.
― Mais... je n'en sais rien moi... Enfin...je... Je veux dire que...c'est clair quoi, on sait ce qu'il veut dire...
― Je voudrais juste que tu me le rappelles.
― Je sais ce qu'il veut dire ! Mais je n'aime pas les définitions !
― Aimes-tu donc la confusion ?
― Mais non, je sais...
― Tant que tu ne peux définir un mot, tu ignores ce qu'il signifie, ou ne le connais que de manière approximative. Tu demeures donc dans la confusion...
― Tu me fatigues... Bon ! L'adoration c'est... c'est quand...
― Non ! « adoration » n'est pas un « moment », mais une attitude intérieure, tu ne peux donc la définir en disant « c'est quand... » !
― Ne penses-tu pas que tu abuses un peu ? On dirait que tu es prof et moi... Que fais-tu dans la vie ? Ne me dis pas que tu es...
― Oh non, je suis un glandeur.
― Je vois... Bon, l'adoration c'est qua...pardon : c'est une attitude intérieure qui consiste à...
― J'applaudis ce soudain progrès mon cher !
― Arrête de te moquer... L'adoration est l'attitude intérieure qui consiste à...prier Dieu ?
― Prier Dieu ? « prier » veut dire « demander », tu « demandes Dieu » toi ?
― Non mais tu m'as compris, je voulais dire... qui consiste à...
― « A mettre, par la pensée, l'infini d'en-bas en contact avec l'infini d'en-haut » ? comme disait Victor Hugo ?
― Voilà, c'est ce que je voulais dire.
― Tu aurais eu tort ; la formule est très belle mais elle est fausse, parce qu'il n'y a qu'un Infini.
― Bon, disons que c'est...l'attitude intérieure qui consiste à...taire le mental pour connecter l'esprit à sa Source, que ladite attitude ait une « forme » ou non.
― Cela me convient. Nous pouvons revenir à présent à la question du rapport entre la congression et l'adoration.
― Ah oui, je l'avais preste oubliée.
― Heureux oubli ! Mais voici ce qui peut en être dit : La congression est conçue explicitement par diverses traditions comme une forme d'adoration. C'est affirmé explicitement par la tradition islamique, par exemple. Cela dit, la question qui se pose est non pas celle de savoir en quoi l'acte serait un acte d'adoration, puisque ce l'est, mais plutôt ce que sont, au fond, les effets de l'adoration.
― Mais on parlait de la sexualité, et là tu généralises ?
― L'adoration vise essentiellement...
― Merci pour le vent !
― Je t'en prie, il fait chaud aujourd'hui, c'est pour cela. L'adoration, disais-je, vise essentiellement à créer, à « faire venir » des influences, ou des énergies, lesquelles produisent à leur tour d'autres effets. En donnant l'argent, reçu par l'effet de ma générosité, à un nécessiteux, tu lui aurais non seulement permis de subvenir à tel besoin d'ordre matériel, tu aurais aussi et surtout créé du bonheur, de la joie – qui est une influence ou énergie – à la fois « pour » lui, pour toi et pour ceux qui vous entourent, lesquels, à leur tour, auraient répandu cette heureuse influence autour d'eux. En d'autres termes, tu aurais répandu, par ton acte noble, généreux, désintéressé, un rayon de la joie divine dans le monde qui aurait brillé tout autour de toi et du nécessiteux. Un tel geste a des conséquences plus profondes encore mais...
― Tu n'en diras rien parce que, sinon, on tomberait dans les profondeurs...
― Exactement !
― D'accord... Un jour, si je te chope dans un bon contexte, je t'enfermerais et te ferais parler...
― Je ne saurais rien dire...
― Pourquoi donc ?
― Parce que, d'abord, ce n'est pas « moi » qui parle, et ensuite parce que tu ne serais pas réceptif...
― Je plaisantais ! Bon ! Si j'ai bien compris, la congression est un acte d'adoration et sa pratique, en tant que telle, produit non seulement jouissances et descendances, mais influences en plus ?
― Tu as tout compris !
― D'accord, mais comment faire pour...enfin je... Je veux dire... Comment faire pour qu'elle soit réellement « adoration » et pour qu'elle produise véritablement les bonnes influences qui s'exerceront sur nous et sur le monde ?
― Je ne sais pas... Peut-être faudrait-il être conscient déjà que c'est un acte d'adoration, la pratiquer comme telle et... Être ici et maintenant ?
― Pourrais-tu développer ?
― Je songe à nouveau au mot de mon maître Rûmi : « Sois droit et rien de tortueux ne te tordra »... C'est une profonde parole de sagesse...
― Je te parle de la congression !
― Quel que soit le contexte, quel que soit le propos et quelle que soit l'action, si l'on est « droit », l'on est de fait réceptif aux influences, car l'on est dans l'Instant.
― Oui mais... Peux-tu me dire concrètement ce que je devrais faire pour être dans le bon état etc. ?
― Non.
― Allez... je t'en prie !
― Tais-toi ou fuis, insolent ! J'ai la gorge sèche et voudrais un café.
― Moi aussi, je vais t'en chercher un.
― Cela me va.
― J'arrive tout de suite et...
― Attention ! Nous le prendrons en silence.
― Quel fieffé...
― Avare ? Sans doute, cours me chercher le café !
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