Aux amoureux de l'Afghanistan.
 
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 Dialogue oiseux

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Yama
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Masculin Nombre de messages : 502
Age : 34
Localisation : Kharâbât
Date d'inscription : 09/10/2012

MessageSujet: Dialogue oiseux   Mer 5 Sep - 11:51

Dialogue oiseux

― Ah ! te voilà enfin, l'on m'a dit que tu serais sans doute en train d'errer dans ce bois, mais j'ai dû longtemps te chercher...
― Sans doute devais-tu te décharger d'un surplus d'énergie pour être plus serein et moins soumis à l'agitation intérieure.
― Je n'ai pas compris... Mais que viens-tu faire en ce lieu ?
― La même chose que toi, peut-être, m'approcher de Dieu ?
― Ah... Voilà précisément ce qui m'amène, mais comment as-tu...
― Évitons les questions inutiles mon ami. En quoi pourrais-tu t'es utile ?
― Pardon ?
― Je t'écoute.
― D'accord... En fait... je commence à perdre espoir et...
― Quelle bénédiction ! Qu'as-tu fait pour provoquer cette heureuse perte ?
― Quoi ? Je...
― Toute perte est un bienfait, et quand tout sera perdu, tu auras tout trouvé.
― Je vois qu'il y a champignons étranges dans les parages... en aurais-tu consommé ?
― Oh non, je n'aime pas les champignons.
― Pourtant tes propos... Enfin passons, si tu veux délirer, je peux te laisser tranquille.
― Nous pouvons délirer à deux, si tu le souhaites, sinon tu peux t'en aller.
― Bon ! Je reste un instant. Je suis venu te voir parce que je voulais te parler de mon état lamentable et savoir ce que je pourrais faire pour m'en sortir...
― Tu sembles en meilleure forme que moi, mais parle seulement, je suis tout ouïe.
― Ce n'est qu'apparence, je suis au bord du gouffre en réalité... Depuis que j'ai pris conscience, j'ai fait tout ce que je pouvais pour m'approcher de Dieu... J'ai pratiqué avec autant de fidélité que possible les devoirs de piété, et j'ai dévoré autant de livres que j'ai pu, aussi bien des livres relatifs à la science extérieure qu'à l'intérieure ; j'ai pu – du moins le pensé-je – comprendre certaines choses mais... ce que je cherchais demeure introuvable, Dieu est toujours loin... Spirituellement je ne pense pas avoir changé du tout, malgré mon zèle. En somme, il ne se passe rien et... je commence à perdre tout espoir... J'ai peur, en fait, de perdre la foi et de sombrer dans un égarement irréversible. De plus, cette absence de résultat a pour conséquence que je me pose de plus en plus de questions sur la pertinence de ma pratique, sur la validité de mes études personnelles et même sur la sincérité de ma recherche ; je me sens de plus en plus mal... Qu'est-ce que je pourrais...
― Lâ hawla wa lâ qûwwata illâ billâh.
― Pardon ?
― Lâ hawla wa lâ qûwwata illâ billâh.
― Oui, certes, je connais bien la formule. Pourquoi tu la récites là ? Je demandais seulement ce que je pourrais...
― Lâ hawla wa lâ qûwwata illâ billâh !
― Je ne comprends pas...
― Je ne sais ce que tu as perdu, l'espoir peut-être, mais il est certain que tu n'as pas encore perdu une conviction dont il est extrêmement difficile de se défaire et qu'il faut cependant perdre à tout prix.
― Quelle conviction ?
― Celle qui t'assure d'être capable de faire quoi que ce soit.
― Pardon ?
― S'il n'y a de puissance qu'en Allah swt, comment peux-TU faire quoi que ce soit pour arriver où que ce soit ou pour trouver je ne sais qui ? Il n'y a de puissance qu'en Lui signifie que nul autre n'a le pouvoir, en réalité, de faire quoi que ce soit, et si l'on a réalisé cette vérité, l'on cesse de se prendre la tête et de « vouloir faire » des choses.
― Mais qu'est-ce que ça veut dire ? Tout ce que j'ai fait n'a servi à rien, je ne dois rien faire et je ne peux rien faire ?
― Ce n'est pas que « tu doives » faire ou ne pas faire, ni que « tu puisses » ou ne puisses pas, il s'agit tout simplement d'oublier le « tu » et de laisser les choses suivre leur cours.
― Je ne comprends pas bien ce...
― Mon ami, il n'y a rien à comprendre. Il s'agit simplement de laisser les choses qui doivent se faire par ton intermédiaire se réaliser sans y opposer de résistance, sans t'inquiéter ni espérer. Il s'agit de t'abandonner consciemment à Sa Volonté sans vouloir T'immiscer dans le cours de son expression.
― Donc je n'ai rien à faire ? Et tout ce que j'ai fait... ne m'a servi à rien ?
― « Tu » n'as rien à faire, parce que « tu » ne PEUX rien faire – lâ hawla wa lâ... – et « tu n'as rien fait parce que « tu » ne pouvais rien faire... Tu penses avoir fait ceci et cela parce que t'appropries les actions qui devaient s'exprimer par ton intermédiaire simplement. La pratique n'est « tienne », tes études ne sont « tiennes », ta dévotion n'est pas « tienne ». C'est l'illusion – présente pour les « besoins de la cause » - qui te fait croire que tu es l'auteur de tout cela... Mais Lâ hawla wa lâ qûwwata illâ billâh !
― Je...
― Oublie le « je » et tout ira mieux.
― A quoi le zèle en question, la pratique fidèle, les études etc., à quoi tout cela a-t-il servi ?
― Sans tout cela, tu n'aurais pu, à l'instant, être perdu au fond d'un bois en train d'écouter le ramage de nos amis aériens et le bavardage d'un errant.
― Je ne comprends pas...
― Laisse le « je » de côté, la compréhension viendra en son temps. Omnia tempus habent. S'il y a quelque chose à comprendre, c'est peut-être ceci : des choses se font pour que d'autres puissent se faire. Sans avoir réalisé ce que tu as réalisé quant à la dévotion, sans avoir étudié ce que tu as étudié, sans avoir cherché ce que tu as cherché, tu n'aurais pas été sur le point de perdre certaines choses. Comme l'on dit, « rien n'est perdu, tout es préparation à l'étape suivante », les œuvres de piété t'ont nourri, à ton insu, d'influences célestes et les lectures, dans l'ensemble, t'ont familiarisé avec certaines notions, peut-être, et t'ont préparé à recevoir autre chose.
― Ah bon ? A recevoir quoi ?
― Rien, perds espoir ! Et puis... ce que l'on dit n'est que bavardage, ce que tu peux lire, en partie du moins, est aussi bavardage, ou « indication » ; jamais ne connaîtras-tu à travers tes lectures ce qu'il y a à connaître.
― Qu'est-ce qu'il y a à connaître ?
― Taisons-nous à présent pour savourer le chant de nos amis dans les branches, gloire à leur Maître !
― Mais...
― Silence malheureux bavard !
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