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 Afghanistan, Quand la gauche était au pouvoir

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MessageSujet: Afghanistan, Quand la gauche était au pouvoir   Afghanistan, Quand la gauche était au pouvoir Icon_minitimeMer 4 Juil - 15:02


Afghanistan 27 avril 1978 27 avril 1992 Quand la gauche était au pouvoir
lundi 7 mai 2012.



Du 27 avril 1978 au 27 avril 1992, des forces de gauche sont au pouvoir en Afghanistan. Face à un soulèvement féodalo-islamiste soutenu par les Etats Unis et plusieurs pays arabes, l’URSS intervient militairement de 1979 à 1989.

Le retrait des soviétiques puis la défaite de la gauche afghane trois ans plus tard amènent l’exode de centaines de milliers de familles progressistes et laissent place à la propagation d’un islamisme de masse. Les Etats Unis comme tous les pays occidentaux, comme la Chine, comme les prétendus nouveaux philosophes auraient mieux fait d’y réfléchir à deux fois avant de soutenir et fournir à foison des armes et de l’argent pour les mollahs et les madrasas.

S’il avait existé une véritable internationale socialiste, il aurait fallu soutenir le PDPA, peut-être même avec des brigades internationales. Cela aurait pu contrebalancer une aide soviétique qui n’était parfois pas plus démocratique qu’à Prague durant l’été 68.


1) Remarques sur l’histoire de l’Afghanistan jusqu’en 1978

Placé sur la grande route de la soie, au carrefour de l’Asie (entre Perse, Russie, Turco-mongols, Chine et Inde...), l’Afghanistan a connu une histoire riche depuis le néolithique. Les villes de Kaboul, Hérat, Kandahar, Balk, Bagram, Ghazni... ont resplendi à plusieurs époques au coeur de la Bactriane antique puis de la grande civilisation des Kouchans, dans l’Empire ghaznévide... Ensuite, le développement du capitalisme international par les routes maritimes laissa l’Afghanistan à l’écart des évolutions du monde ; les villes perdirent beaucoup de leur puissance économique, sociale et culturelle au profit d’un féodalisme rural dominé par de grands propriétaires terriens et des chefs de guerre, au profit aussi de mollahs autour desquels s’organisait la vie des villages.

Des historiens russes ont daté les prémisses d’un Etat afghan du 17ème siècle (principautés féodales de Akora et de Teri) et de 1713 lorsque plusieurs chefs féodaux locaux s’entendirent pour chasser le gouverneur de Kandahar nommé par le Shah d’Iran. Ceci dit, l’absence de relations économiques entre les territoires n’a pas poussé à la naissance d’un peuple ou d’une nation. Le pouvoir politique s’est donc disputé au gré des rapports de forces dans un chaos permanent. Les moments d’unification furent rares comme sous la domination du clan Sadozai de la tribu Durrani (ethnie pachtoun).

Reste de cette histoire une mosaïque d’ethnies (Pachtouns, Tadjiks, Ouzbeks, Hazaras, Turkmènes, Kirghizes, Aïmaks, Baloutches, Nouristanis...), de tribus, de sous-tribus, de clans, de langues séparés par l’histoire (innombrables déplacements de population et innombrables conquérants), par la géographie (hautes montagnes, grands déserts), par des intérêts divergents, par des religions différentes, par l’attraction économique et culturelle de civilisations voisines.

De 1839 à 1919, la Grande Bretagne essaya en vain d’imposer son protectorat sur ces populations guerrières et indépendantes. A plusieurs reprises, les armées britanniques connurent des défaites humiliantes (bataille de Gandamak en janvier 1842). C’est surtout de cette lutte contre l’envahisseur colonial que date un nationalisme féodalo-monarchique afghan d’autant plus que c’est lui qui traça les premières frontières.

En 1919, une nouvelle guerre entre Afghans et Britanniques se termine par une défaite de ces derniers ; par souci de protection, Kaboul se tourne vers la jeune Union des Républiques Socialistes Soviétiques. L’Afghanistan est le premier Etat à reconnaître l’URSS et à signer avec elle des traités de coopération et de non-agression.

De 1919 à 1929, l’Afghanistan connaît une décennie de développement à l’européenne : abolition du port du voile pour les femmes, interdiction de la polygamie, interdiction du mariage des jeunes filles avant l’âge de 9 ans, création de lycées... L’émancipation de la femme afghane progresse rapidement. Les religieux organisent une révolte qui oblige Aminullah à quitter le pays.

Du 17 janvier 1929 au 13 octobre 1929, l’Afghanistan subit une première domination sanglante des fondamentalistes avec Habibullah Ghazi comme roi. Ce dernier est assassiné par Mohammad Nadir Shah qui convoque une Loya Jirgah (assemblée traditionnelle réunissant les chefs religieux, tribaux et militaires) pour être proclamé roi en septembre 1929 ; avec lui les fondements du pouvoir retournent aux chefs religieux et tribaux.

Jusqu’en 1973, Mohammad Nadir Shah puis son fils Mohammed Zaher Chah siègent sur le trône royal afghan. Dans les années 1950 et 1960, la poussée tiers mondiste mondiale, les liens entre les Etats Unis et l’ennemi pakistanais expliquent les liens renoués avec l’URSS : construction de barrages, de centrales hydro-électriques, d’usines, scolarisation des femmes, droit de ne pas porter le voile... L’Afghanistan fait alors partie de la zone d’influence soviétique : les officiers comme beaucoup de hauts fonctionnaires sont formés en URSS ou au moins par ses coopérants. De 1963 à 1973, le pays connaît une période de monarchie constitutionnelle avec une constitution, des partis politiques déclarés et reconnus (à droite des parti islamistes, à gauche le PDPA).

En 1973, le général Daoud renverse son cousin et beau-frère, le roi Mohammed Zaher Khan, et instaure la république. Ce dictateur populiste dispose d’une faible assise sociale. Il essaie de s’appuyer à la fois sur la haute aristocratie féodale et sur la gauche formée par le PDPA (Babrak Karmal). Des guerillas islamistes commencent à se former.

2) 27 avril 1978 : la gauche afghane au pouvoir

En avril 1978, Daoud déclenche une vague de répression. Pour éviter le processus génocidaire de la gauche qu’a connu l’Indonésie en 1965, des officiers progressistes réalisent un coup d’état qui bénéficie alors d’un large soutien populaire tellement Daoud s’était fait d’opposants et ennemis.

Ainsi, le 27 avril 1978, arrive au pouvoir le PDPA (People’s Democratic Party of Afghanistan).

Qu’est-ce que le PDPA ? Un parti né en 1965 dans le sillage de la montée tiers-mondiste, émancipatrice et révolutionnaire des années 1960.

Les militants de gauche qui le créent veulent :

* s’attaquer aux structures féodales rurales, au pouvoir des grands propriétaires terriens, à l’intégrisme religieux, à la grande bourgeoisie prédatrice.

* promouvoir l’alphabétisation des garçons et des filles, décelopper la semaine de 40 heures, instaurer une sécurité sociale...

* construire un Etat de droit républicain et en lieu et place de la corruption régnante ; faire perdre ainsi à la multitude de mollah leur rôle traditionnel de prédicateurs porteurs de la parole d’Allah, de chefs politiques, de juges, de maîtres d’école.

* utiliser cet Etat planificateur pour développer un réseau de coopératives agricoles, des organismes publics de crédit pour aider les artisans...

* s’appuyer socialement sur les travailleurs, les petits paysans, les intellectuels, les couches urbaines

La majorité des cadres du PDPA proviennent des milieux enseignants, journalistes, bourgeoisie urbaine cultivée, quelques officiers formés en URSS...

Dès l’été 1978, des zones rurales s’insurgent et sont rejointes par plusieurs garnisons. Le Sud-Est, région de forte implantation islamiste est en sécession.

3) La décision des USA de renverser la gauche afghane date du début juillet 1979

Dès le début juillet 1979, les Etats Unis décident d’intervenir en Afghanistan par le biais :

* d’une part d’une assistance financière et militaire aux moudjahiddin (« guerriers saints »)

* d’autre part d’un soutien direct de la part du Pakistan voisin (préparation d’un gouvernement fantôme à Peshawar, formation militaire, logistique...)

Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller pour la sécurité de Jimmy Carter, a affirmé en janvier 1998 que c’est « le 3 juillet 1979 que le président Carter a signé la première directive sur l’assistance clandestine aux opposants du régime prosoviétique de Kaboul »

Pire, la CIA comme l’administration du Pentagone mise sur le fait qu’en intervenant massivement, l’URSS va se trouver obligée de faire de même et de s’engluer dans le "piège afghan".

La décision américaine se traduit rapidement par une extension des guerillas. Elle représente un tel encouragement politique et militaire que la garnison de Kaboul elle-même se soulève et passe à l’opposition.

En octobre, la moitié des 85000 soldats de l’armée ont quitté leur affectation, rejoignant généralement l’insurrection contre le PDPA.

Les dirigeants du PDPA sont à présent dépassés par les enjeux stratégiques mondiaux qui se jouent dans leur pays. D’ailleurs, ils se divisent au plus mauvais moment.

4) 27 décembre 1979 : l’armée soviétique entre dans Kaboul

Environ 55000 soldats soviétiques participent à l’intervention en Afghanistan en cette fin d’année 1979. Ils appuient l’arrivée au pouvoir de Babrak Karmal, dirigeant du PDPA, proche d’eux. Ils poussent à une attitude conciliante vis à vis de la religion et des religieux. 2000 prisonniers politiques sont libérés ; les discours et communiqués officiels commencent par Bismillah (au nom d’Allah).

1979, c’est l’année de la révolution khomeiniste en Iran. Il aurait été logique que les Etats Unis restent prudents vis à vis des guerillas religieuses pour éviter une propagation islamiste ; or, ils vont peser de tout leur poids pour soutenir et armer ces groupes profondément réactionnaires. C’est dans ces conditions qu’ils utiliseront Oussama Ben Laden pour faire parvenir des armes et de l’argent ici et là. Chaque année, de 1981 à 1989, Washington va y engloutir environ 500 millions de dollars auxquels s’ajoutent les aides financières et en armement du Pakistan, de l’Arabie saoudite, de l’Iran, de la Chine, de l’Egypte...

Dans le même temps, des volontaires affluent de divers pays du monde arabo-musulman pour aider les moudjahidines (Algériens, Philippins, Saoudiens, Égyptiens...).

Les effectifs soviétiques augmentent rapidement : 85 000 hommes en mars 1980, 118 000 en 1982.

Sur 10 ans, plus de 900 000 jeunes Soviétiques servirent en Afghanistan, 14 000 d’entre eux furent tués et 75 000 blessés, victimes d’armes fournies par l’Occident.

Cependant, les moudjahidines contrôlent une partie de plus en plus importante de l’Afghanistan rural.

En 1988, Gorbatchev décide le retrait des troupes russes, retrait terminé l’année suivante.

5) L’Afghanistan depuis le retrait soviétique

Notons seulement deux faits :

* le PDPA tient seul au pouvoir durant plusieurs années jusqu’au 27 avril 1992 face à des guerillas soutenues par les Etats Unis, par l’Oumma...

* La politique menée par le PDPA est indiscutablement meilleure pour le pays que tout ce qu’a connu l’Afghanistan depuis, à savoir la longue guerre civile entre factions de 1992 à 1996, puis la dictature des talibans, puis l’intervention militaire américaine.

Oui, il exista un Afghanistan de gauche qui présentait de nombreux défauts mais qu’il aurait fallu soutenir plutôt que de céder aux sirènes médiatiques au service de la CIA.

Jacques Serieys
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Epigonoye
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Epigonoye

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MessageSujet: Re: Afghanistan, Quand la gauche était au pouvoir   Afghanistan, Quand la gauche était au pouvoir Icon_minitimeMer 4 Juil - 21:08

ahmad a écrit:


...des officiers progressistes réalisent un coup d’état qui bénéficie alors d’un large soutien populaire tellement Daoud s’était fait d’opposants et ennemis.

Jacques Serieys

Salaam
Je connais pas vraiment ce cher Jacques Serieys mais le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne connait pas vraiment l'histoire de notre pays parce que malgré qu'on ait appelé ce coup d'état communiste de "enqelab" (revolution), en réalité il n'a que de nom le mot révolution.
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Juba
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Juba

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MessageSujet: Re: Afghanistan, Quand la gauche était au pouvoir   Afghanistan, Quand la gauche était au pouvoir Icon_minitimeMer 4 Juil - 23:11

Epigonoye a écrit:
ahmad a écrit:


...des officiers progressistes réalisent un coup d’état qui bénéficie alors d’un large soutien populaire tellement Daoud s’était fait d’opposants et ennemis.

Jacques Serieys

Salaam
Je connais pas vraiment ce cher Jacques Serieys mais le moins qu'on puisse dire c'est qu'il ne connait pas vraiment l'histoire de notre pays parce que malgré qu'on ait appelé ce coup d'état communiste de "enqelab" (revolution), en réalité il n'a que de nom le mot révolution.

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