Aux amoureux de l'Afghanistan.
 
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 Satire

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Yama
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Yama

Masculin Nombre de messages : 534
Age : 36
Localisation : Kharâbât
Date d'inscription : 09/10/2012

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MessageSujet: Satire   Satire Icon_minitimeMer 29 Mai - 11:10

Satire

Ah ! Toi ! Mon vieil ami ! Par quel heureux hasard
Viens-tu passer ici, m'égayant le regard ?
Mais... Que vois-je, Seigneur ! quelle puissante gêne
A tant chargé tes traits de ces sillons de peine ?
Quel désastre soudain, quel effroyable ennui
A conduit ta jeunesse en cette triste nuit ?
Je te revois enfin après quelques hivers
Et te trouve plus vieux que l'immortel Drouker,
Plus ridé que Brigitte et Valéry ensemble,
Et ta main, imitant celle du vieux Walls, tremble !
Ciel ! que s'est-il passé ? Quel accablant fardeau
A brisé ta jeunesse et incliné ton dos ?
Parle-moi, brise enfin ce terrible silence,
Et parle franchement, en toute confiance,
Quel malheur t'a brisé, anéanti, broyé ?

- Nul malheur, mon ami... Je me suis marié !
Le temps était venu... de... subir cet usage...
Pensant, comme beaucoup, que le saint mariage
Allait me transformer et me rendrait heureux,
Je croyais, jeune et sot, qu'en ces temps ténébreux,
Je pourrais, malgré tout, me trouver une femme
Dont la haute vertu compléterait mon âme,
Une femme fidèle et charmante à la fois,
Pourvue d'esprit et d'une solide foi.
Je voulais, en un mot, une femme banale,
Sans songer que ce mot a pour rime „fatale“...
Voilà de mon état l'étonnante raison...
En cherchant le bonheur, j'ai fini en prison !

Pourtant, tout allait bien dans ma douce chimère,
Le malheur s'est montré quand j'ai connu sa mère...
Je vais être concis dans la narration,
Longue serait, sinon, ma lamentation...
La jeune fille m'a plu, l'on a fait connaissance,
Et songé promptement à notre descendance.
J'ai demandé sa main, las ! sans être au courant
Que ce lien me rendrait plus souffrant qu'un mourant.

Ses parents, tout d'abord, acceptant ma requête,
Ont volé tout mon bien „pour célébrer la fête“...
J'ai dû même emprunter pour m'acquitter des frais
De ce coup qui ne fut que leur premier forfait !
Mon destin a sombré dès ce jour de la noce...
Je suis rongé, dès lors, par sa mère féroce
Et par ma femme en qui je voyais, tout d'abord,
La moitié de ma foi et un vivant trésor !

Que dire, mon ami... Comment puis-je décrire
Ce mariage qui n'eut lieu, hélas ! que pour le pire ?

Ma femme n'est du tout ce caressant rayon
Qui répandrait la joie en mots et actions,
Elle est loin du bonheur dont la douce espérance
M'a fait jurer amour, fidélité, constance...
Depuis notre union, ma vie est un poison,
Elle a tout abîmé, y compris ma raison !

Je me lève à l'aurore aux coups de pied sauvages
Que me met mon amour, vociférant, en rage,
Afin que je m'occupe, à moitié endormi,
Du fruit tumultueux d'un nocturne semis.
C'est moi seul, toujours moi, à la fois père et mère,
Qui nourris le petit à la voix de tonnerre,
Qui le lave, le change et apaise ses cris
Pendant que ma moitié soigne ses doigts meurtris.
Elle passe son temps avec son téléphone
Et au moindre reproche, elle s'emporte et tonne,
Me maudit longuement et me donne cent noms,
Les pires y compris, tels Béchel et Micron !
Elle a dû épouser, bien avant ma ruine,
Cet instrument parlant, la maudite machine !
Elle ne la lâche point et ne fait qu'échanger
Des messages virtuels avec mille étrangers.
„Ce sont tous des amis“ ose-t-elle me dire !
Quand l'instrument s'éteint, la voilà à médire !
Sa langue infatigable, à l'instar d'un moulin,
Au service du mal, trouve toujours du grain,
Et me conte en une heure autant de commérages
Qu'Elkrif de faussetés en ses sots reportages !

Quand je rentre le soir du travail en prison,
Je la trouve devant la télévision
(Inventée à coup sûr par quelque maudit diable !)
Ou occupée avec l'ordinateur portable,
Et je l'entends crier : „Tu attends quoi, enfin ?!
Va vite à la cuisine et apaise ma faim !“
Je la pensais douée en savoir culinaire,
Mais elle est, en cet art, indigne de sa mère...
Elle ne sait rien faire, on dirait que ses bras
Se transforment en pieds à l'heure du repas...
Le Soleil sera glace avant qu'elle soit prête
A casser quelques œufs pour faire une omelette !
C'est moi seul qui fais tout, dehors, à la maison,
Et quand je suis malade, elle est en pâmoison,
Se libérant ainsi des travaux ordinaires
Dont s'occupent partout les épouses, les mères.

Que dirais-je de plus... Mon malheur est entier...
Je crois bien que le Ciel, voulant me châtier,
A joint ma destinée à la jeune mégère
En couronnant le tout par l'amour de la mère...
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