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 Propagande et désinformation à l’israélienne , Alain Gresh

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olympique95
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MessageSujet: Propagande et désinformation à l’israélienne , Alain Gresh   Propagande et désinformation à l’israélienne ,  Alain Gresh Icon_minitimeVen 5 Fév - 16:58

Je signalais, dans un précédent envoi, cet article de Serge Dumont dans le quotidien suisse Le Temps (8 janvier) : « Israël muscle sa riposte sur le Net ». On y lisait notamment : « Peu après la fin de l’opération “Plomb durci” (l’invasion de la bande de Gaza en janvier dernier), Tzipi Livni, alors ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement d’Ehoud Olmert, a rapidement pris conscience de l’ampleur de la vague de protestations soulevée par la destruction massive des infrastructures civiles palestiniennes. Elle a alors autorisé son département à recruter des jeunes fans d’informatique pratiquant parfaitement une ou plusieurs langues étrangères afin de répondre aux critiques qui fusaient dans les blogs ainsi que dans le courrier électronique des grands journaux européens et américains. »

Au-delà, c’est toute une entreprise de propagande qui se met en place à partir d’Israël. Et elle se traduit par un manuel diffusé par The Israel Project, une officine de désinformation très professionnelle, et dont l’exergue est : « Pour la liberté, la sécurité et la paix » – celle des Israéliens, bien sûr, et d’eux seuls. Ce manuel s’intitule The Israel Project’s 2009. Global Language Dictionary (PDF) et est destiné à la propagande aux Etats-Unis, mais ses « règles » s’appliquent sans doute ailleurs.

C’est un document d’une centaine de pages, divisé en dix-huit chapitres. Curieusement, il porte la mention « interdit à la distribution et à la publication ». Il semble que ce texte n’était donc pas destiné à être diffusé largement.

Le premier chapitre s’intitule « 25 règles pour une communication efficace ». Règle n° 1, « manifester de l’empathie pour les deux parties ! Le but de la communications pro-Israël ne vise pas seulement les gens qui aiment déjà Israël. Le but est de gagner de nouveaux cœurs et les esprits d’Israël, sans perdre le soutien qu’Israël a déjà. Pour ce faire, vous devez comprendre que le cadre à partir duquel la plupart des Américains voient Israël est un “cycle de violence qui dure depuis des milliers d’années”. Ainsi, vous avez à désarmer leurs soupçons. (...) La première étape est de montrer que vous voulez la paix A LA FOIS pour les Israéliens et les Palestiniens, et notamment pour les enfants. (...) Et il faut ouvrir vos propos par l’affirmation que Israël veut un meilleur futur à la fois pour les Israéliens et les Palestiniens. (...) Si, au centre de votre communication, vous montrez du doigt en disant “Israël a raison, ils ont tort”, vous perdrez plus que vous ne gagnerez ».

Règle n° 6 : « Soyez attentif à votre ton. Un ton protecteur, paternaliste, détournera les Américains et les Européens. Nous sommes à un moment dans l’histoire où les Juifs en général (et les Israéliens en particulier) ne sont plus perçus comme le peuple persécuté. En fait, dans le public américain et européen – le public sophistiqué, éduqué, aux idées arrêtées, non-juif –, les Israéliens sont souvent considérés comme les occupants et les agresseurs. Dans ce cadre, il est essentiel pour les messages de porte-parole pro-israéliens de ne pas apparaître comme hautains ou condescendants. »

Et, le texte donne, comme pour chaque règle, « les mots qui ne marchent pas » :

« “Nous sommes prêts à leur permettre de construire”... Les Israéliens ne peuvent pas “autoriser” les Palestiniens à aller de l’avant. Ils ne peuvent pas “permettre” ou “contrôler” ou “ordonner” aux Palestiniens d’établir un commerce, un transport, ou un gouvernement. Si les Palestiniens sont à considérer comme un partenaire de confiance sur la voie de la paix, ils ne doivent pas être subordonnées, dans la perception ou dans la pratique, par les Israéliens. (...) »

Règle n° 10. « Tracer un parallèle entre Israël et les Etats-Unis, y compris la nécessité de combattre le terrorisme. (...) Le langage d’Israël est celui de l’Amérique : démocratie, liberté, sécurité et paix. » Les Palestiniens, les Irakiens et les Afghans, parmi d’autres, sont payés pour le savoir.

Règle n° 11. « Ne parlez pas de religion. Les Américains qui considèrent la Bible comme document de référence sur les affaires étrangères sont déjà partisans d’Israël. Les fondamentalistes religieux sont tout acquis à Israël (« Israel’s Amen Choir ») et ils représentent environ un quart du public américain, et les amis les plus solides d’Israël dans le monde. Toutefois, certains de ceux qui sont les plus susceptibles de croire qu’Israël est un Etat religieux sont les plus hostiles à Israël (“ils sont tout aussi extrémistes que les pays arabes qu’ils critiquent”). Malheureusement, presque toute discussion sur la religion ne fera que renforcer cette perception. Par conséquent, même la mention du mot “juif” dans le contexte d’Israël va déclencher une réaction négative – et la défense d’Israël comme un “Etat juif” ou “Etat sioniste” sera mal reçue. (...) »

Règle n° 15. Utiliser des questions rhétoriques.

En voici quelques exemples :

« - “Comment puis-je faire la paix avec un gouvernement qui veut ma mort ?”
- “Comment puis-je faire la paix avec une population à qui sont enseignés ces mots - haïr les Juifs, pas seulement des Israéliens - dès sa naissance ? »

« Règle 17. K.I.S.S. (Keep It Simple, Stupid) et répétez encore et encore. Une règle essentielle de la communication réussie est “Keep It Simple, Stupid” (faites simple). Une communication réussie ne consiste pas à réciter chaque fait de la longue histoire de conflit israélo-arabe, mais à pointer quelques principes de base sur des valeurs partagées comme la démocratie et la liberté et à les répéter encore et encore. »

« Règle n° 21. Concédez un point. Recherchez des occasions dans chaque débat télévisé ou interview de concéder un point au journaliste ou à la personne avec laquelle vous débattez. Le point est de ne pas de miner l’une des bases essentielles de la politique étrangère d’Israël. Mais les simples mots “vous avez un bon argument” font merveille auprès d’un public »

Et, pour terminer le tout, l’inévitable référence à l’holocauste et à la nécessité qu’il ne se reproduise pas...

Le chapitre 2 est consacré aux mots et les phrases qu’il faut utiliser, c’est un régal...

« “Tirer délibérément des roquettes sur des communautés civiles” : Combinez le motif terroriste avec la vision de civils et vous avez la parfaite illustration de ce à quoi Israël fait face à Gaza et au Liban. A utiliser en particulier en ce qui concerne les tirs de roquettes, mais aussi utile pour tout type d’attaque terroriste, “délibéré” est le mot juste à utiliser pour rappeler l’intention derrière derrière les attentats. Ceci est beaucoup plus fort que de décrire les attentats comme “aveugles”.

“Diplomatie économique” : beaucoup plus global et plus populaire que le terme de “sanctions”. »

(...)

« “Humaniser les roquettes”. Peindre une image vivante de ce qu’est la vie dans les communautés israéliennes qui sont vulnérables aux attaques. Oui, vous pouvez citer le nombre d’attaques à la roquette qui ont eu lieu. Mais faire suivre ceci immédiatement par la description du voyage nocturne vers l’abri souterrain.

“Si ... Si ... Si ... Alors” : Faites porter au Hamas la responsabilité du premier pas pour la paix par l’utilisation du “si” (et n’oubliez pas de terminer avec un clair “alors”, pour montrer qu’Israël est un partenaire pour la paix). “Si le Hamas se réforme... Si le Hamas reconnaît notre droit à exister... Si le Hamas renonce au terrorisme... Si le Hamas soutient les accords de paix internationaux... alors nous sommes disposés à faire la paix aujourd’hui.” » (...)

« “L’islam militant” : Ceci est le meilleur terme pour décrire le mouvement terroriste. Evitez les termes comme “islamo-fascisme” qui rappellent la période Bush. » (...)

« “Personne ne doit être obligé de quitter sa maison” : Ceci est la phrase la plus gagnante dans le lexique qui concerne les colonies de peuplement. Utiliser le principe de “mutuel” pour expliquer que, tout comme les Israéliens arabes ne devraient pas quitter leurs maisons en Israël, les juifs d’un nouvel Etat palestinien doivent être autorisés à rester dans leurs maisons, eux aussi.

“Une étape à la fois, une journée à la fois” : Il est essentiel de réduire les attentes et de réduire la pression sur Israël pour qu’il se précipite dans un accord qui soit n’est pas dans son intérêt, soit met en danger sa sécurité. Le principe “un pas à la fois” sera accepté comme une approche de bon sens dans la mise en œuvre du principe de l’échange des territoires contre la paix. »

Je reviendrai dans un autre envoi sur d’autres aspects de ce document.
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olympique95
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MessageSujet: Re: Propagande et désinformation à l’israélienne , Alain Gresh   Propagande et désinformation à l’israélienne ,  Alain Gresh Icon_minitimeVen 5 Fév - 16:59

Dans un précédent envoi, le 13 janvier, j’avais commencé l’analyse d’un document publié par The Israel Project, une officine défendant l’Etat d’Israël. Ce texte d’une centaine de pages, qui ne devait pas être rendu public, avait été dévoilé au mois de juillet dernier par Douglas Bloomfield, un ancien et important responsable du lobby pro-israélien AIPAC, dans un article du New Jersey Jewish News, sous le titre « Change the policy or change the subject ? ». Cet article fut suivi par un autre, écrit par Chris McGreal pour le quotidien britannique The Guardian (23 août 2009), sous le titre « Pro-Israel groups accuse Obama of promoting “ethnic cleansing” ». Selon le journaliste, dans le document mentionné, The Israel Project affirmait que le démantèlement des colonies israéliennes équivalait à un nettoyage ethnique et mettait en cause la sécurité d’Israël.

A la suite d’un coup de fil demandant des précisions, Jennifer Laszlo Mizrahi, fondatrice et présidente de The Israel Project, nous a transmis cette précision :

« La version de ce guide qui circulait sur le Web était une version préliminaire et elle contenait des choses que nous avons retirées. Par exemple, dans l’ébauche, nous avons utilisé les mots “nettoyage ethnique” : une grosse erreur qui a été retirée. Mais l’ancienne version de ce guide a été mise en ligne : nous avons donc envoyé une explication et des excuses aux journalistes qui nous ont interrogés à ce sujet. »

Elle m’a aussi envoyé une mise au point allant dans le même sens qu’elle avait fait parvenir au Guardian et que ce quotidien avait reproduite le 26 août sous le titre « No ethnic cleansing ».

J’ai ensuite demandé à Mme Mizrahi de m’envoyer la version définitive du texte. Elle m’a expliqué que ce document n’était pas important, qu’elle ne s’en servait pas, qu’elle ne l’avait pas regardé depuis plusieurs mois, etc.

J’en ai conclu que, bien que The Israel Project ait fait son autocritique sur la question du « nettoyage ethnique », ce texte restait significatif de ce que son organisation faisait, et j’en poursuis donc l’analyse. D’autant que Jennifer Mizrahi écrivait en introduction du texte dont elle prétend aujourd’hui qu’elle ne le lit plus :

« Au nom de notre conseil et de l’équipe, nous vous proposons ce guide destiné aux leaders visionnaires qui sont sur les lignes de front de la guerre médiatique pour Israël. Nous voulons que vous réussissiez à gagner les cœurs et les esprits du public. Nous savons que, en réussissant votre mission, vous contribuez à la fois à aider Israël et notre famille juive mondiale. Ainsi, nous vous offrons ces mots avec nos vœux les plus sincères pour votre succès. Puissent vos paroles aider à apporter la paix et la sécurité à Israël et au peuple juif ! »

Il faut dire aussi un mot de l’auteur de ce texte, Frank Luntz, un homme lié à la droite américaine, commentateur sur la chaîne de télévision Fox et dont on trouvera une intéressante biographie sur Wikipedia. Il a notamment joué un rôle actif auprès du président Bush dans la campagne pour minimiser les risques liés au changement climatique.

Le chapitre III du document explique comment il faut parler du « self government » des Palestiniens, alors que la majorité des Américains et des Européens soutiennent l’idée de deux Etats vivant côte à côte. Le manuel propose de ne pas aller ouvertement contre cette conviction, mais de dire que la paix doit venir avant la définition des frontières :

« “La paix avant les frontières politiques” met en place la dynamique parfaite pour vous. Ce slogan met en avant la nécessité d’arrêter les roquettes, arrêter les bombardements, et de créer un cessez-le-feu, tout en minimisant subtilement l’importance de d’une solution à deux Etats en l’appelant “les frontières politiques”. Le slogan de la paix est toujours plus fort que celui de la politique dans l’esprit de l’élite. Toujours. »

Plus loin, l’auteur demande de souligner que la lutte est « une lutte idéologique, pas une lutte pour la terre, une lutte contre le terrorisme, pas une lutte pour les territoires. C’est pourquoi vous devez éviter d’utiliser les arguments religieux d’Israël pour la terre pour justifier le refus d’abandonner la terre. De telles affirmations font apparaître Israël comme extrémiste aux yeux de gens qui ne sont pas des croyants chrétiens ou juifs. »

Il faut aussi apparaître comme « pro-palestinien » (sic), parce que c’est ce que la gauche européenne ou américaine veut entendre. Mais un danger surgit du fait que l’opinion américaine commence à faire la différence entre l’Autorité palestinienne et le Hamas. « C’est une évolution très inquiétante parce que cela peut l’amener à excuser ou à écarter le terrorisme et la culture de la haine propagée par l’Autorité palestinienne elle-même. » Quoi qu’il en soit, conclut ce chapitre, apparaître comme soutenant les Palestiniens est la manière la plus crédible de défendre Israël...

(La suite dans un prochain envoi, si j’ai le courage de continuer...)
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afghanterminator
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MessageSujet: Re: Propagande et désinformation à l’israélienne , Alain Gresh   Propagande et désinformation à l’israélienne ,  Alain Gresh Icon_minitimeSam 6 Fév - 10:48

Sallam Olympique,
Cette analyse est très intéressante, j'attends de lire la suite Propagande et désinformation à l’israélienne ,  Alain Gresh Icon_biggrin
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